Morne-à-l’eau (Guadeloupe)

 

La démarche Agenda 21 de la Ville de Morne-à-l'Eau (Guadeloupe, France): une expérience pilote en matière de développement durable et de résilience à l'échelle de la Caraïbe.

Résumé

Morne-à-l’Eau est une Commune de la Guadeloupe, Département français et territoire insulaire de la Caraïbe. La Commune d’une superficie de 6 500 hectares est située au centre de la partie de la Guadeloupe nommée Grande-Terre, limitée au nord, par la mCommune de Petit-Canal, à l’est par la Ville du Moule et au sud par celle des Abymes. Depuis le 1er janvier 2014, la Ville a intégré la Communauté d’agglomération du nord Grande-Terre (CANGT), constituée des Villes de Petit-Canal, Le Moule, Port-Louis, Anse-Bertrand. Cela représente une population d’environ 59 000 habitants.

L’engagement de la municipalité dans une transition économique, écologique et énergétique, incontournable pour la viabilité du territoire et l’adaptation aux changements climatiques a été le socle de sa démarche Agenda 21.

Les caractéristiques socio-économiques de la cité de l'eau et de la biodiversité

Morne-à-l’Eau est l’une des communes de Guadeloupe et des petites Antilles des plus  riches du point de vue de la biodiversité et des paysages. Le territoire dispose d’atouts naturels et patrimoniaux remarquables méritant d’être connus et valorisés. La plaine de Grippon est aujourd’hui essentiellement occupée par l’activité agricole, la canne à sucrecarte MAE et l’élevage. Elle occupe une surface d’environ 1 000 ha et abrite de nombreux forages qui alimentent en eau les robinets des administrés de la commune de même que ceux des communes avoisinantes. En effet, la plaine de Grippon, par le biais de sa nappe souterraine, constitue l’une des plus grandes réserves d’eau de qualité de la Grande-Terre.

Du point de vue économique, la commune regroupe un réseau de petites entreprises, principalement dans le commerce de proximité, l’agriculture et le bâtiment et les travaux publics.

Parallèlement aux activités commerciales, les services publics ou parapublics, tels que Électricité de France (EDF), Pôle emploi, Éducation nationale et le Trésor public contribuent au développement économique et au maintien de l’emploi. Toutefois, le taux de chômage reste important : 28.4% contre 23.7% pour l’ensemble de la Guadeloupe (Source : INSEE, 2014). C’est pourquoi l’emploi et le développement d’activités économiques durables sont au cœur des préoccupations de l’équipe municipale. Outre ces activités, la ville dispose d’un tissu associatif dense et dynamique avec la présence de près de 80 associations.

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Les motivations à l'origine de l'Agenda 21 local

Dès 2011, la Ville de Morne-à-l’Eau s’est engagée dans une démarche de développement durable en élaborant son Programme stratégique d’écocitoyenneté et d’écodéveloppement (PSEE). De nombreuses actions de valorisation et de protection des ressources ont ainsi pu être conduites sur le territoire et à travers l’économie locale, notamment avec la rénovation du marché aux vivres.

La réalisation d’un Agenda 21 local, à partir de 2012, est apparue comme une suite pertinente et logique à la démarche de réflexion. Cet engagement résulte de la volonté politique de construire et de développer le territoire avec la population, en faisant du développement durable à la fois un axe majeur de la politique communale et à la fois un levier de croissance verte et de bien-être en faveur des citoyennes et citoyens.

L’A21L France a été élaboré en concertation avec la population, grâce au soutien financier de l’Union Européenne, de l’État (Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement et l’ADEME), de la Région Guadeloupe et du Conseil Départemental.

À la fin de 2015, il a été reconnu par le Ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie et par le Ministère du logement, de l’égalité des territoires et de la ruralité. Il s’agissait pour la Ville de s’inscrire dans un cadre global d’actions, en lien avec les échelles régionale, nationale et internationale, et ce afin de répondre aux préoccupations en matière d’environnement, de cohésion sociale et d’économie durable. L’Agenda 21 de Morne-à-l’Eau a comme finalité de :  

« Faire de la ville de Morne à-l’Eau, une collectivité d’excellence environnementale et un territoire pilote en matière de développement durable et de résilience à l’échelle de la Caraïbe ».

Les objectifs, enjeux et ambitions de la démarche et du plan d'actions

Les objectifs poursuivis sont les suivants :

  • valoriser et protéger les ressources naturelles et patrimoniales du territoire ;
  • redynamiser le territoire, notamment d’un point de vue économique en favorisant la création d’activités et d’emplois par le biais de l’économie verte et bleue ;
  • impliquer la population et mener des actions favorisant un élan de citoyenneté et de solidarité.

Dans un premier temps, la démarche d’A21L a permis d’identifier 11 enjeux spécifiques à son territoire. En bout de piste, le plan d’actions de l’A21L se compose de 8 ambitions, déclinées en 178 actions :

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Le programme d’actions est la traduction opérationnelle d’une volonté partagée par les élus, la population, les agents de la ville, d’agir à l’échelle locale dans le sens des grands objectifs du développement durable.

Les structures de travail

Le plan d’actions s’est construit progressivement, principalement sous l’égide du comité de pilotage (COPIL). Il est composé des représentants de la Ville de Morne-à-l’Eau, de la DEAL (Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement) de l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), de la CCIIG (Chambre de commerce et d’industrie des îles de Guadeloupe), de la Chambre d’agriculture, de la Chambre des métiers et de l’artisanat, du Parc national de la Guadeloupe (PNG), du Conseil Régional, du Conseil Départemental, de l’Office de l’Eau, de la Caisse d’allocations familiales (CAF), de la Mission Locale (structure en charge des jeunes sans emploi âgés de 16 à 25 ans), de l’Office National de la forêt (ONF), de la Communauté d’agglomération du nord Grande-Terre et des représentants d’associations mornaliennes.

La mobilisation des différents partenaires a été un point fort de l’élaboration du plan d’actions. Au départ, une à deux fois par mois, le COPIL se réunissait. Par la suite, les rencontres ont été plus espacées. Les cadres des différentes directions pilotes de la Ville se réunissaient afin de traduire administrativement les décisions du COPIL. Comme il y avait un chef de projet, celui-ci orchestrait et coordonnait les transmissions d’informations entre les différents chefs de services.

Sans être exhaustif, il faut noter l’investissement d’une trentaine de partenaires supplémentaires qui ont apporté leur contribution, ce qui représente un effort important et unique de coordination :

ANRU, Rectorat, Voies Navigables de France, BRGM, SAFER, Conservatoire du littoral, ONEMA, BEI, AGENCE FRANCE LOCALE, SIkOA-SCPHLM, CGSS, EPFL, CTIG, CAUE, GDA Ecobio, SICA LPG, IGUAVIE, IGUACANNE, IGUAFLHOR, RSMA, DAC, DDJSCS, Pôle Emploi, DICS, Ecole de la 2ème chance, Synergile, INRA AG, MAB France, Université des Antilles, APLAMEDAROM, Canari, Comité des Pêches, EDF, Générale des Eaux, Agence Française de Développement, SIG, ADIL 971, SEMSAMAR, SEMAG, DAAF, Caisse des Dépôts, le Club Eco-Quartiers, Fondation du Patrimoine, SYMEG, Routes de Guadeloupe, Guadeloupe Expansion, Conservatoire Botanique, PROFIL, Paysage Parcs et Jardins Caraïbes, ADIE, Point Info Energie, GWAD’AIR, SYVADE, SIAEG, ARS, FOLG, AMF, Crédit Agricole, CNFPT, ONCFS, Comité 21, ICLEI, des associations comme Evasion Nautique, AGRIMAL, AURCR, les solides, APRODECARM, CUMA de Morne-à-l’Eau, Ansanm ansanm pou Jabren sensi, Pavé la, Grand Récif, Club Merveille, Rose des Ainées, MAS BOkO kA, NAM, kAMODJAkA, les chasseurs du centre, les Hommes de l’Eglise, EPHAD AkA MANMAN, TIkANN de Bonne-Terre, Association de Quartier de Lorger, Affirmatic, O Bò RAVIN LA, le LIEN, Etoile ACM, COS Ville de Morne-à-l’Eau, ANAH, Muséum d'histoire naturelle, UDCLCV, etc.

Le modèle décisionnel, les mécanismes de gouvernance et de mobilisation

La démarche s’est déroulée en 4 temps forts, et cela de manière concertée :

  • Le lancement

Issu d’une volonté du Conseil municipal (2012), l’A21L a officiellement été lancé le 5 juillet 2013. À cette occasion, la Ville a invité l’ensemble des mornaliens sur la place Gerty ARCHIMEDE à une soirée débat/animation sur le thème du développement durable. Parallèlement, un comité de pilotage et des séances de formation pour les élus et les agents de la ville ont été mises en place et assurées par un cabinet d’étude.

 

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  • Le diagnostic territorial partagé

Un diagnostic territorial partagé de développement durable a été élaboré par un bureau d’étude en croisant le regard des élus, des techniciens et des habitants. L’ensemble des informations et données recueillies ont permis de dresser un état des lieux du territoire, eu regard au développement durable. Ce diagnostic a adopté l’approche de la planification stratégique en déterminant les forces, les faiblesses, les menaces et opportunités ainsi que les enjeux prioritaires du territoire.

Étape clef de l’ensemble de la démarche, l’élaboration de la stratégie de développement durable, à partir des 11 enjeux territoriaux, a permis de planifier pour les 5 à 10 ans à venir, des axes d’actions prioritaires orientant le développement durable de la Commune.

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Cette stratégie résulte de la mise en œuvre d’un processus participatif et de concertation avec l’ensemble des acteurs et de la population. Ainsi, plusieurs temps forts ont concouru à la coconstruction de cette stratégie dont:

Le forum 21 d’avenir : forum prospectif ouvert  qui a permis aux participants de se projeter dans l’avenir et de partager leur vision du « Morne-à-l’Eau de demain » ;

Les ateliers ville : lieu de débats et d’échanges ouvert aux agents et élus.

  • Le programme d’actions

Le programme d’actions répond aux ambitions, sur une période de 10 à 15 ans. Il répond aussi aux objectifs opérationnels définis dans la stratégie de développement durable comme consignée dans le plan d’action. Il a fait l’objet d’une validation par le comité de pilotage et par le Conseil municipal (2013). Dès lors, les services de la Ville ont travaillé ardemment à l’élaboration des 178 fiches actions du programme. Le travail de planification réalisé a fait l’objet d’une présentation publique lors du forum de restitution en 2014.

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Le suivi

En matière d’évaluation, la Ville a fait le pari de l’innovation. En effet, afin de mesurer l’impact positif de l’A21L sur le territoire communal, la Ville prévoit l’élaboration d’outils d’évaluation avec une identification des indicateurs de façon concertée. Un suivi régulier sera également assuré par le chef de projet dont le rôle sera d’alerter les responsables sur les écarts observés entre les objectifs fixés et les résultats attendus. Une instance comprenant des représentants des associations et de la population sera constituée et se réunira à minima une fois par semestre pour faire le point sur l’avancée en 2018.

D’ores et déjà, des acteurs de la collectivité ont été formés à l’évaluation du programme et à ce titre des indicateurs territoriaux ont été proposés. De même, des indicateurs liés aux objectifs stratégiques et aux actions ont été prévus.Il s’agira d’affiner ce système d’évaluation en se faisant accompagner par un bureau d’études. Le contexte insulaire et tropical fait que de nombreux indicateurs conseillés à l’échelon national ne sont pas toujours opérationnels pour ce type de territoire.

À cet effet, la Ville échange déjà avec d’autres collectivités territoriales ayant bénéficié d’une reconnaissance dans un contexte similaire. Néanmoins, cet A21L « nouvelle génération » s’inscrit dans une démarche pilote où la majorité des outils d’évaluation se construira de manière concertée.

 La mise en place d’un comité de suivi et d’évaluation participatif permettra d’impliquer tous les acteurs dans son évaluation, d’avoir un regard croisé (techniciens, élus, citoyens…), de prendre des décisions concrètes et rapides sur la réorientation de l'Agenda 21 grâce à l'évaluation en continu.

Le dispositif d’évaluation s’inscrira à  trois niveaux :

  • le territoire ;
  • la stratégie ;
  • le plan d’actions.

Des indicateurs d’état pertinents ont déjà été retenus, par thématique, permettant ainsi de mesurer, d’informer et d’apprécier les politiques et actions entreprises sur le territoire au regard des objectifs fixés de développement durable. Les indicateurs suivants ont été retenus :

  • nombre d’habitants de la ville
  • taux d’habitat social
  • % de titulaire du bac au sein de la population
  • taux de chômage global
  • taux de chômage des – 25 ans
  • quantité d’énergie électrique consommée annuellement
  • production d’ordures ménagères par habitant /an
  • évolution de la surface agricole
  • consommation moyenne d’eau par habitant / an
  • évolution de la qualité des eaux de surface et de la nappe souterraine, etc.

L’évaluation au niveau stratégique repose sur les résultats attendus pour les actions-cadres correspondant aux 8 ambitions. Chaque fiche d’action (178) sera aussi évaluée par des indicateurs de réalisation et de résultat.

  Les réalisations

Depuis 2017, la Ville a entamé un bilan intermédiaire de l’état d’avancement des actions qui sera suivie en 2018 d’une évaluation in itinere de l’A21L France. Depuis la labellisation, quelques actions fortes ont été réalisées :

  • la restauration d’un milieu dégradé à travers la réintégration environnementale  et écologique de l’ancienne décharge de Gédéon-Bambou (action n°5) . Découvrir en vidéo la cérémonie d’inauguration :

https://www.youtube.com/watch?reload=9&v=ND6x1gpKnsU

  • la valorisation de l’unique plage verte du territoire, la plage de Babin (action n°7) ;
  • la mise en place d’un bureau information jeunesse pour l’accueil et le suivi de la population jeune aux d’accompagner son insertion sociale  et professionnelle (action n°64) ;
  • la création d’un marché aux puces/brocante une fois par mois et cela depuis un an (action n°99), action d’importance en matière d’économie circulaire.

Enfin, la rénovation du Bourg de Morne-à-l’Eau (actions 159 et 164), appelée à devenir l’ÉcoQuartier AEU2 Cœur de Grippon ; elle constitue le projet majeur de la collectivité pour les 10 prochaines années. La mise en œuvre de cet ÉcoQuartier passe notamment, en 2018, par la rénovation de l’éclairage public et la mise en place d’une médiathèque (actions n°44 et 45).

Les bénéfices, les difficultés, les défis

En disposant d’un Agenda 21 local France, coconstruit avec tous les acteurs de la communauté mornalienne et les parties prenantes institutionnelles, Morne à l’Eau dispose d’une feuille de route, une sorte de fil d’Arianne pour ses actions présentes et futures. Les évolutions en matière d’organisation territoriale constituent à la fois un  frein compte tenu du temps de réappropriation ou d’appropriation, mais aussi une opportunité en étant un ensemble de leviers techniques et financiers pour la réalisation des actions. Par exemple, Depuis  janvier 2014, la collectivité  a intégré la Communauté d’Agglomération Du Nord Grande-Terre avec 4 autres communes. Des compétences en lien avec le développement durable sont transférées au fil de l’eau (Tourisme en partie en 2018, Gestion des Milieux Aquatiques et Prévention des Inondations, etc.)

Dans un contexte de plus en plus contraint financièrement, par le gouvernement français, pour les collectivités locales, dont le maillon d’action souhaité est l’intercommunalité, le principal défi que la ville devra relever est la dissémination régulière de son projet auprès de tous ses partenaires et la vérification auprès de la population qu’elle met bien en œuvre le projet qu’elle souhaite. En effet, cela pose la question du comment poursuivre le développement de la ville tout en tenant compte des exigences réglementaires au niveau intercommunal.

  En complément

Synthèse Agenda21_MAL_Plan d'actions_2015

Qu'est ce que l'Agenda 21 de Morne-à-l'eau ?

 

Comment citer ce texte ?

CORNEIL, M. (2018). « La démarche Agenda 21 de la ville de Morne-à-l'eau (Guadeloupe, France): une expérience pilote en matière de développement durable et de résilience à l'échelle de la Caraïbe ». Dans GAGNON, C. (éditrice). Guide québécois pour des Agendas 21e siècle locaux : applications territoriales de développement durable viable, [En ligne] http://www.demarchesterritorialesdedeveloppementdurable.org/9689_fr.html (page consultée le jour mois année).

Dernière modification: 23 octobre 2018

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