Éducation relative à l’environnement

 

Lucie Sauvé

Une invitation à transformer, améliorer ou enrichir notre rapport à l’environnement

Résumé
L’éducation relative à l’environnement nous invite à transformer, améliorer ou enrichir notre rapport à l’environnement, cette « maison de vie » partagée où l’on doit apprendre à vivre ensemble, de façon harmonieuse. Quatre principaux objectifs sont visés : acquérir des connaissances au sujet de l’environnement, clarifier notre rapport à l’environnement, développer des compétences en matière de résolution de problèmes, se donner un « projet d’environnement. Le contexte de l’élaboration et de la mise en œuvre d’un Agenda 21e siècle local (A21L) peut être mis à profit pour entreprendre une démarche communautaire d’éducation relative à l’environnement.

De quoi se préoccupe l'éducation relative à l'environnement ?

Le développement durable (DD) implique l’utilisation judicieuse des ressources naturelles et le partage de ces dernières afin d’assurer un développement à long terme. Stimulant une approche critique d’une telle proposition, l’éducation nous amène à réfléchir sur le type de développement en question et sur la conception de l’environnement qui y est associée. Car au-delà des ressources et des « services » qu’on peut en tirer et au-delà des problèmes et défis liés à la gestion de ces ressources, l’environnement c’est aussi un ensemble de systèmes de vie (la nature et les écosystèmes aménagés), un territoire d’appartenance (le village, le quartier, la ville), des paysages (urbains, ruraux, naturels), un milieu de vie (la maison, l’usine, la ferme, l’école, la place publique, etc.), un réseau de relations (locales, régionales, biosphériques; concrètes et symboliques) et bien d’autres choses encore…

L’environnement est un objet de connaissance et d’appropriation, mais c’est aussi un projet collectif : nos environnements sont à construire et à reconstruire ensemble, à la jonction entre nature et culture, en fonction des valeurs qu’on choisit d’adopter. L’éducation relative à l’environnement se préoccupe de toutes ces dimensions du rapport à l’environnement, sur le plan individuel et collectif. Elle contribue au développement de sociétés responsables.

Quels sont les principaux objectifs de l’éducation relative à l’environnement ?

Il s’agit essentiellement d’apprendre à vivre ensemble, de façon harmonieuse, dans cette « maison de vie » partagée qu’est l’environnement. À travers les questions qu’elle pose, l’éducation relative à l’environnement (ERE) poursuit les principaux objectifs suivants :

Acquérir des connaissances au sujet de l’environnement, de notre environnement...

...afin d’y devenir attentif et sensible, et de faire des choix d’action appropriés :

  • Où vivons-nous ?
  • Quelles sont les caractéristiques de cette région, de ce lieu où nous habitons ensemble ?
  • Comment fonctionnent les systèmes de vie qui composent cet environnement ?
  • Quels sont les liens entre les dimensions sociales et écologiques de l’environnement ?
  • Quels sont les liens entre les réalités d’ici et celles d’ailleurs? Etc.

Clarifier notre propre rapport à l’environnement :

  • Comment notre environnement s’est-il modifié au fil du temps ?
  • Comment nos activités ont-elles modelé le paysage ?
  • Ont-elles préservé, transformé ou détérioré l’environnement ?
  • Quelle est l’influence de notre environnement sur notre culture (notre façon de nous vêtir, de manger, de construire nos maisons; nos chansons, nos repas, nos fêtes, etc.) ?
  • Comment en retour, notre culture a-t-elle façonné l’environnement ?
  • Sommes-nous attentifs à notre milieu de vie ? Individuellement ? Collectivement ?
  • Quelle place accordons-nous à la nature ?
  • Quel est notre lien à l’environnement à travers l’alimentation ? la consommation d’énergie? l’aménagement de nos espaces? nos loisirs ? Etc.
  • Quelle importance prend la consommation dans nos vies ?
  • Quelles valeurs sous-tendent nos comportements et nos choix d’action ? Ces valeurs sont-elles partagées ? Y a-t-il lieu de transformer nos systèmes de valeurs ? Etc

Développer des compétences en matière de résolution de problèmes :

  • Quels sont les principaux signes de déséquilibre écologique dans nos milieux ?
  • Comment investiguer une situation qui pose problème, en tenant compte de ses dimensions sociales et écologiques ?
  • Quels problèmes se posent dans notre environnement? Quelles en sont les causes et les conséquences ?
  • Quel est l’éventail des solutions possibles ? Quelle solution ou ensemble de solutions apparaît plus approprié ? Pourquoi ? Pour qui ? Avec quels moyens ?
  • Qui développera le plan d’action ? Qui le mettra en œuvre ?
  • Comment pourra-t-on évaluer le processus et les résultats de cette démarche de résolution de problème ?
  • Qui exercera un suivi ? Comment ?

Se donner un « projet d’environnement »

S’occuper d’environnement ne se limite pas à une approche réactive de résolution de problèmes. Cela implique aussi une attitude proactive :

  • Dans quel environnement voulons-nous vivre ensemble ?
  • Quel est notre « rêve » d’environnement ?
  • Comment insérer encore mieux nos activités (domestiques, économiques, de loisir, de transport, d’alimentation, etc.) dans la trame de notre environnement ?
  • Comment aménager notre milieu de vie? Comment l’embellir et l’assainir ?
  • Comment se mettre en projet, ensemble ?

Et à travers tout cela, il s’agit d'apprendre :

  • à trouver, traiter et communiquer l’information ;
  • à travailler ensemble, de façon collaborative et démocratique ;
  • à développer un esprit critique, à réfléchir sur qui on est et sur ce que l’on sait (ce qu’on ne sait pas aussi) et sur ce que l’on fait (et qu’on ne fait pas) ;
  • à renforcer notre autonomie et à tisser des réseaux de collaboration ;
  • dans l’action, par et pour l’action, en vue de nous améliorer nous-mêmes tout en améliorant notre environnement.

Il n’y a pas de meilleur contexte d’ERE qu’un projet collectif, tel l’Agenda 21e siècle local (A21L).

Qui sont les acteurs de l’éducation relative à l’environnement ?

Tout le monde ! Parce que l’environnement est un milieu de vie partagé, un objet politique (« politique » signifie : qui concerne les choses publiques), une responsabilité collective. Il s’agit d’apprendre ensemble, à partir des questions qui nous préoccupent. Bien sûr, le milieu scolaire est concerné au premier plan ; l’environnement est maintenant un domaine qui fait partie du programme de formation. On trouve au Québec 900 Écoles Vertes-Brundtland qui ont un projet environnemental.

Mais tous les autres secteurs de la société doivent également s’engager dans une démarche d’apprentissage et d’action collective en faveur de l’environnement : les syndicats en milieu de travail, les coopératives agricoles, les conseils municipaux, les groupes de consommateurs etc. Il suffit de l’impulsion de quelques leaders et de l’intérêt collectif soulevé par un projet pertinent : il vaut mieux partir d’une question d’intérêt immédiat et ouvrir par la suite à des préoccupations plus larges. Dans cette démarche, on doit aussi pouvoir compter sur des organisations ou des ressources pour nous accompagner et nous outiller :

  • Des organisations spécialisées en ERE : des organismes voués à l’ERE (comme Équiterre) ou Environnement-Jeunesse, les centres d’interprétation, certains musées, le réseau des Éco-quartiers de Montréal, etc. On trouve sur le site Web de l’Association québécoise pour la promotion de l’éducation relative à l’environnement (AQPERE) un répertoire de ces organismes.
  • Des personnes (animateurs communautaires, chercheurs, informateurs, etc.) ou des organisations susceptibles de fournir des informations et des outils relatifs aux diverses thématiques ou problématiques traitées. Le répertoire du Réseau québécois des groupes écologistes permet de repérer d’éventuels collaborateurs.
  • Des ressources pédagogiques sur Internet qui permettent d’accéder à de très nombreux programmes, trousses, services, formations, etc. Le répertoire du Centre Rep’ERE offre un bon point de départ.

L’ERE se poursuit tout au long de la vie et fait appel au partenariat entre les différents acteurs de la société éducative. Les questions sont complexes et l’action est exigeante. Il faut s’engager à apprendre et agir ensemble.

Le modèle pédagogique de Recherche-action pour la résolution de problèmes communautaires propose une démarche d’apprentissage coopératif qui associe l’école à la communauté pour travailler ensemble à l’amélioration du milieu.

Comment initier une démarche d’éducation relative à l’environnement ? Quelles sont les stratégies privilégiées ? Une démarche en trois étapes

L’exploration critique du milieu

Une telle exploration peut se faire à travers des échanges mettant à profit les connaissances et les observations de chaque participant, ou encore par l’intermédiaire de l’analyse des médias locaux et régionaux; un dossier de presse collectif est ici un bon outil. Mais la stratégie privilégiée est certes l’itinéraire environnemental dans le quartier ou le village qui nous invite à re-découvrir le milieu de vie en le parcourant, à nous poser des questions, à chercher des réponses entre nous, dans les documents et auprès d’informateurs. L’itinéraire (général ou thématique, sur l’eau par exemple) nous amène à tracer une carte collective de notre territoire (à partir de photos par exemple) et à l’interpréter : quelles sont les richesses, les forces, les limites, les déséquilibres ?

Le canal Lachine et sa faune (Saint-Henri, Montréal) © Centre de formation sur l'enseignement en milieux défavorisés

La résolution collective d’un problème local

Le Carnet du Pêcheur l’Association des chasseurs et pêcheurs de Sainte-Anne-de-Sorel (Québec)

Au terme d’une exploration critique de leur milieu, les membres de l’ Association des chasseurs et pêcheurs de Sainte-Anne-de-Sorel ont conçu un Carnet du pêcheur. Ce dernier traite de différentes problématiques observées et invite les pêcheurs à participer à un suivi (une sorte d’observatoire) de différents paramètres en vue de contribuer à résoudre certains problèmes associés à la « santé » du lac.

© Le Carnet du pêcheur

Il peut s’agir d’un problème majeur  qui se pose a priori, dans l’urgence, comme celui de l’implantation d’une porcherie industrielle. Mais aussi, on peut choisir de se pencher sur l’un des problèmes repérés lors de l’itinéraire ou de l’étude du dossier de presse. Une démarche systématique de résolution de problèmes nous amène à mettre en évidence les liens étroits entre les réalités sociales et biophysiques : les dimensions écologique, sanitaire, économique, politique, culturelle, éthique et autres sont explorées et mises en relation. Il y a tant de choses à apprendre qu’il faut se répartir la tâche. Enfin, pour contribuer à résoudre le problème ciblé, il importe de choisir une solution à notre portée (humble et réaliste au départ, mais toujours courageuse). Car il faut viser le succès, pour nous encourager à poursuivre, pour accroître notre sentiment de « pouvoir-faire » quelque chose.

Le développement d’un projet communautaire

Se préoccuper d’environnement fait appel à des projets créateurs pour inventer de nouvelles façons de vivre ici, ensemble. Il peut s’agir d’organiser une fête de village ou de quartier, un marché des produits locaux, un système de co-voiturage, etc. Le projet est un contexte d’apprentissage par excellence : apprendre sur les réalités environnementales en question, sur la gestion de projets, sur soi-même, sur le « vivre ensemble », apprendre à créer, à communiquer, apprendre à apprendre.

Les Jardins écologiques de Prévost est un projet de développement biorégional qui intègre une forte préoccupation d’ERE.

Que retenir de l'éducation relative à l'environnement ?

L’expérience nous amène à porter une attention particulière aux défis suivants, sans quoi la démarche risque de rester superficielle et inefficace :

  • insister sur l’importance de construire et transmettre une information complète et valide ;
  • stimuler l’exercice d’une pensée critique rigoureuse ; inciter à une action réfléchie, réflexive ;
  • rechercher la signification éthique de l’action individuelle et collective ;
  • inscrire la réflexion et l’action dans un projet politique (mais non pas politisé) ;
  • identifier les rapports de pouvoir qui entravent à la fois le projet d’éducation et d’action ;
  • créer des partenariats pour réunir les meilleures conditions et multiplier les ancrages ;
  • ne pas oublier l’évaluation, pour faire le bilan de nos apprentissages et pour améliorer sans cesse la démarche éducative.

Chose certaine, l’ERE ne se limite pas à la transmission d’informations de la part de spécialistes des questions traitées. Les campagnes d’éducation populaire (« Je coupe le moteur! », par exemple), la tenue de kiosques, les ateliers de démonstration (de compostage ou d’efficacité énergétique) ou les conférences publiques sont des stratégies pertinentes ; surtout elles vont au-delà de l’information et de la sensibilisation et suggèrent des moyens d’action. Mais rien ne vaut un projet d’apprentissage collectif dans et pour une action qui nous tient à cœur. Un regroupement de citoyens (de résidents, de femmes, de jeunes, d’aînés, etc.) ou un comité environnement (d’un village, d’un quartier, d’une école, d’une usine, etc.) offrent alors un ancrage privilégié. Une démarche en trois étapes peut être entreprise.

Pour aller plus loin...

RÉSEAU IDÉE. (2004). Contrat d’avenir de la Région wallonne, Réseau IDée, Bruxelles, 12 p.

En complément

La protection et mise en valeur du paysage

Table ronde « Ne laisser personne de côté en matière d’éducation au changement climatique » organisée par l’Alliance des Nations Unies pour l'éducation, la formation et la sensibilisation du public aux changements climatiques

Planet: Education for environmental sustainability and green growth (UNESCO, 2016)

Sites Internet

Chaire de recherche du Canada en éducation relative à l’environnement

Revue Éducation relative à l’environnement

Association québécoise pour la promotion de l'éducation relative à l'environnement (AQPERE)

Guide pour une vie écoresponsable du Saguenay-Lac-Saint-Jean

Fondation Monique-Fitz-Back

Forêt d'Arden, éducation à l'écocitoyenneté 

ÉVEIL association, pour l'éveil des jeunes à la citoyenneté (France)

Comment citer ce texte ?
SAUVÉ, L. (2007). « L’éducation relative à l’environnement. Une invitation à transformer, améliorer ou enrichir notre rapport à l’environnement ». Dans GAGNON, C. (Éd) et E., ARTH (en collab. avec). Guide québécois pour des Agendas 21e siècle locaux : applications territoriales de développement durable viable, [En ligne] http://www.demarchesterritorialesdedeveloppementdurable.org/9586_fr.html (page consultée le jour mois année).

Dernière modification: 28 février 2017

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