Environnement et santé humaine

 

Garantir la santé et le bien-être des êtres vivants, humains et non humains, qui occupent un territoire commun

Résumé

L’état de santé des populations humaines est intimement lié à l’intégrité des écosystèmes qui abritent les êtres vivants. Notre mode de développement actuel génère des conséquences sociosanitaires et environnementales inacceptables. L’Organisation des Nations unies et l’Organisation mondiale de la santé ont soutenu des programmes comme l’Agenda 21e siècle et Santé pour tous qui tentent de répondre à des besoins fondamentaux et des principes éthiques. Leur mise en œuvre nécessite de nouvelles compétences dont la pratique d’écosanté visant l’instauration de communautés saines et viables.

Quels liens entre santé et environnement ?

La relation entre la santé humaine et l’environnement prend une importance considérable à une époque où les catastrophes et les pandémies annoncées ne cessent de se multiplier. Alors que les maladies infectieuses des siècles derniers avaient été relativement bien contrôlées, ou circonscrites, les mises en garde quant à la prolifération de sources de contamination sont à nouveau soulevées. Le réchauffement de la planète entraîne une délocalisation des vecteurs de transmission, étendant ainsi les sources potentielles de contagion bactérienne ou virale.

Les catastrophes naturelles des dernières décennies occasionnent des migrations importantes de populations humaines qui se retrouvent sans toit et sans possibilité de s’alimenter. L’ Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que jusqu’à 24 % des maladies actuelles dans le monde peuvent être attribuées à la dégradation de l’environnement. Et dans le cas des maladies dont souffrent les enfants de moins de cinq ans, un environnement malsain est considéré comme étant un des principaux facteurs de risque.

La pollution urbaine augmente considérablement la prévalence des troubles respiratoires et des maladies cardiovasculaires. L’acuité des menaces environnementales à la santé est rendue évidente, d’ailleurs, dans la progression des maladies des habitants des pays riches : le cancer et les maladies respiratoires et cardiovasculaires ont doublé entre les années 1980 et 1995.

Les pandémies annoncées, comme celle qui serait éventuellement associée à la grippe aviaire ou celle qui aurait pu résulter du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), ou encore l’incidence de maladies résultant de l’ingestion d’aliments impropres à la consommation, le poisson contaminé au mercure, le bœuf atteint de la « maladie de la vache folle » (Creutzfeldt Jakob), les métaux lourds dans les aliments pour bébé, sont autant d’exemples des déséquilibres résultants des relations complexes engendrées par les modes de vie et les modes de production visant à répondre aux besoins vitaux des êtres vivants.

D’ailleurs, alors même qu’une proportion de l’humanité souffre de malnutrition, l’obésité et le diabète sont à l’état endémique dans les pays riches. Plusieurs des produits toxiques dans l’eau, l’air, le sol, les habitations et l’alimentation, peuvent induire des changements neuronaux qui limitent les capacités de développement chez l’enfant, comme c’est le cas pour l’exposition au plomb, facteur de risque du saturnisme. Les études courantes démontrent également que de nombreux produits cancérigènes se retrouvent dans les produits cosmétiques et d’hygiène du corps, dont certains sont associés au cancer du sein et de la prostate.

Le chapitre 6 de l’Agenda 21e siècle (A21) qui porte sur la protection et la promotion de la santé confirme le lien étroit entre la santé et l’environnement et la gravité des problèmes d’hygiène de l’environnement engendrés par un développement inadéquat.

Des études conduites sur la déformation des parties anatomiques des populations d’amphibiens dans les milieux humides du Vermont appuient l’hypothèse de l’impact des produits chimiques, toxiques sur le développement des espèces. Des études épidémiologiques doivent être entreprises pour démontrer l’effet des produits toxiques sur le développement des fœtus et sur la santé générale des êtres humains.

Cependant, autant de signaux de dérives sociosanitaires et environnementales ne peuvent manquer d’alerter la communauté scientifique, la classe politique et les collectivités humaines dans leur ensemble. C’est non seulement la qualité de vie des êtres humains qui est en cause, mais aussi la chaîne écologique, elle-même dans sa totalité, constat qui force à réviser la conception anthropocentrique du développement. Une telle vision des choses occulte le fait que la santé humaine est intimement liée à la capacité des écosystèmes de remplir leurs fonctions premières de régulation des processus de vie et de reproduction des espèces sur terre.

Des coûts sociaux, associés à notre mode de
développement urbain, élevés en terme de soin de santé

© Vivre en ville

L’opinion publique face à la problématique environnementale

Les débuts de la sensibilisation de l’opinion publique mondiale et de la classe politique aux impacts de l’environnement sur la santé publique remontent sans doute à la première conférence des Nations unies sur l’environnement humain, à Stockholm en 1972. Mais, ce n’est qu’au Sommet de la Terre à Rio en 1992, alors qu’un des documents officiels de la rencontre, l’A21 consacre le chapitre 6 tout entier à la protection et à la promotion de la santé, que le processus de mise en œuvre des solutions se concrétise.

Dix ans plus tard, au Sommet de la Terre à Johannesburg en 2002, un premier consortium de recherche est créé, regroupant le Canada, les États-Unis et l’OMS pour inventorier l’ensemble des connaissances scientifiques des impacts de l’environnement sur la santé humaine. En effet, malgré la présence de nombreux produits toxiques dans l’environnement et dans le corps humain, les données empiriques et épidémiologiques qui démontrent les liens, sont encore relativement récentes, ou même méconnues.

L’Agenda 21e siècle local (A21L), appréhendé comme un outil de planification territoriale du développement durable (DD), est un outil pertinent pour introduire la préoccupation des liens entre l’environnement et la santé humaine. Les collectivités locales auront alors l’occasion de poser leur regard sur la qualité des écosystèmes qui les entourent et d’établir des constats par rapport à l’état de santé des populations environnantes.

L’écosystème est compris, ici, comme étant la relation des espèces entre elles et avec les composantes biophysiques des milieux qui les entourent. "Écosystème" est un terme qui comprend tous les êtres vivants occupant un espace commun, qui sont en interaction les uns avec les autres et avec les facteurs environnant des divers milieux de vie. Il peut s’agir d’une ville, d’une municipalité, d’un quartier, d’une rue, d’un marais, d’une rive, d’un bassin versant, d’un boisé, d’un parc, d’une école, d’un édifice. L’environnement est donc constitué de tous les facteurs qui interagissent pour garantir la santé et le bien-être des êtres vivants, humains et non humains, qui occupent un territoire commun.

L’Organisation mondiale de la santé et l’évolution de la notion de santé

Longtemps définie par son contraire, la santé prenait un tout autre sens avec la définition globale que lui attribue le Préambule de la Constitution de l’OMS en 1946, entrée en vigueur en 1948 :

« La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité » (OMS, 1946).

Les conférences internationales sur la santé organisées sous l’égide de l’OMS feront évoluer la notion de la santé à travers le monde. La Conférence d’Alma-Ata tenue au Kazikstan en 1978 sera la première à introduire le principe du droit à la santé. Elle donne lieu à une stratégie internationale qui a pour but d’influencer les politiques et les programmes nationaux afin de donner à chacun des citoyens la possibilité de vivre une vie productive aux plans social et économique.

Les stratégies d’action élaborées pour atteindre l’objectif de Santé pour tous, promulguées par la Déclaration d’Alma-Ata, furent discutées et adoptées lors de la Conférence internationale d’Ottawa, en 1986. La Charte d’Ottawa pour la promotion de la santé concrétise ces engagements. Devenue un point de référence incontournable en matière de santé publique, la Charte d’Ottawa propose d’instaurer un virage en faveur de la promotion de la santé.

Cela suppose d’aborder l’état de santé des populations en s’adressant d’abord à l’ensemble des facteurs, qui, en amont, influencent l’état de santé des citoyens, et d’accorder une attention toute particulière aux catégories de gens les plus vulnérables, notamment en ce qui concerne le Canada, les enfants, les femmes, les autochtones, les personnes vivant avec un handicap et les immigrants.

Ce sont alors les politiques publiques de l’ensemble des secteurs de vie qui déterminent les conditions préalables, notamment l’habitat, le transport, le niveau de revenus, le réseau social, le niveau d’éducation, la proximité des services de soins, qui deviennent le point de mire. La promotion de la santé, qui prend pour cible l’ensemble des déterminants de la santé, apparaît comme l’approche la plus apte à composer avec les causes réelles d’inégalités de santé, et à réduire les écarts d’espérance de vie entre les populations disposant de moyens et celles qui en sont dépourvus.

Cette approche à la santé est plus globale et davantage intégrée, car elle prend en compte les facteurs sociosanitaires, environnementaux, économiques, culturels et politiques. Dans ce contexte, les inégalités de santé deviennent un indicateur important. En effet, outre les caractéristiques génétiques, l’état de santé résulte d’un ensemble de déterminants qui induisent ou limitent les choix possibles. C’est d’abord à ceux-ci que doit s’intéresser la santé publique. Le postulat que soutient l’OMS de l’interdépendance entre les facteurs santé, environnement et développement, va dans le même sens. Mais malgré ce constat, l’article 6.39 de l’A21 (chapitre 6) précise que :

« les mesures de lutte contre la pollution et de protection de la santé n’ont que rarement suivi le rythme du progrès économique » (ONU, 1992).

Quel est le rôle de la mobilisation des acteurs dans une nouvelle approche santé-environnement ?

Pour réussir cette nouvelle configuration santé-environnement, une mobilisation des professionnels, certes, mais des décideurs également ainsi que d’une grande diversité d’acteurs des milieux d’appartenance, est aussi nécessaire. La section 6D de l’A21 (chapitre 6) qui aborde la question de la santé des populations urbaines, soutient que la pollution de l’environnement en milieu urbain a entraîné une morbidité et une mortalité excessives. L’énoncé de principes avance que l’urbanisation étant associée à des effets destructeurs du cadre de vie et des ressources, par ailleurs, nécessaires à un développement viable,

« bien des facteurs influant sur la santé des populations ne relèvent pas du secteur de la santé. L’amélioration de la santé requerra donc une intervention coordonnée de l’administration à tous les niveaux, des services de santé, des milieux d’affaires, des groupes religieux, des institutions sociales, des établissements d’enseignement et du public en général » (ONU, 1992).

Quant aux activités à réaliser en santé publique, il est recommandé :

« [d’]adopter ou renforcer, au niveau des communes, et des autres collectivités locales, des « stratégies d’appui » qui mettent l’accent sur la participation plutôt que sur l’assistance et créent une environnement favorables à la santé » (ONU, 1992).

Le programme Santé pour tous de l’Organisation mondiale de la santé

Depuis un quart de siècle, les programmes et initiatives mis de l’avant par l’Organisation des Nations Unies (ONU) et leurs organismes affiliés, qu’il s’agisse de l’OMS, du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) ou du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), adoptent une perspective globale, dans laquelle s’imbrique la santé, le développement et l’environnement.

Récemment l’Initiative millénaire de l’évaluation des écosystèmes, le Projet du millénaire sur la pauvreté et la faim, le programme Santé pour tous de l’OMS ont en commun de soutenir des objectifs et des moyens qui interpellent le croisement des champs d’activités, ceux de l’intégrité des écosystèmes, de la sécurité alimentaire, de l’équité en santé pour réaliser un DD. Des ensembles écologiques et sociales d’une telle complexité appellent nécessairement une imbrication intersectorielle, des considérations concertées quant aux échelles d’impacts, des bilans et suivis environnementaux et sociosanitaires et un nécessaire jumelage entre les savoirs locaux des collectivités locales et des expertises professionnelles particulières. Des dispositions de même nature sont requises au plan local pour réussir à implanter systématiquement ces principes sur les territoires d’appartenance.

Quelles conditions et quelle approche pour des communautés saines et viables ?

L’A21L donne l’occasion de travailler à une cohabitation harmonieuse entre les établissements humains et les milieux naturels. En effet, l’une des conditions fondamentales du succès à l’instauration des communautés saines et viables est l’adoption d’une approche intégrée et globale où tous les êtres vivants disposent de conditions de salubrité et de satisfaction des besoins vitaux. Plusieurs outils ont été conçus dans ce sens, mais ils partagent l’objectif commun de réalisation d’un DD.

L’A21L se classe parmi les approches environnementales, alors que d’autres, comme Villes et Villages en santé, programme phare de la Charte d’Ottawa, adoptent la santé et le bien-être comme cadre de référence. Que les initiateurs de projets proviennent du domaine de la santé, de l’environnement, du communautaire ou du politique, voire « du nouvel urbanisme », l’objectif est semblable, mettre en place les conditions d’un DD, sur un territoire donné et parmi une diversité d’acteurs et de cultures qui partagent un milieu de vie.

Une approche éthique dans ce domaine exige que l’on tienne compte des dimensions suivantes :

  • la justice sociale et l’équité ;
  • l’adoption d’un concept de développement qui tient compte de la capacité de support des écosystèmes ;
  • un ancrage local et territorial ;
  • des partenariats multiples et diversifiés ;
  • une reconnaissance des déterminants qui créent les inégalités de santé et entretiennent un clivage entre les pauvres et les riches ;
  • un engagement politique et communautaire.

La Loi québécoise sur le développement durable adoptée en avril 2006 présuppose certains de ces principes. Retenons de la section 1 de cette loi comme le premier principe de sa stratégie de mise en œuvre administrative et l’équité et la solidarité sociale comme son deuxième :

6.a) « santé et qualité de vie » : les personnes, la protection de leur santé et l’amélioration de leur qualité de vie sont au centre des préoccupations relatives au développement durable. Les personnes ont droit à une vie saine et productive, en harmonie avec la nature ;

6.b) « équité et solidarité sociales » : les actions de développement doivent être entreprises dans un souci d’équité intra et intergénérationnelle ainsi que d’éthique et de solidarité sociales.

Et l’écosanté : quelle pertinence ?

L’adoption de valeurs éthiques, comme fondement du développement, suppose une prise de conscience des impacts sociosanitaires et environnementaux qui sont en jeu présentement au plan mondial. Alors même que les forces économiques poussent vers une globalisation des marchés, et verraient d’un bon œil la disparition des services publics au profit du secteur privé, la représentation citoyenne et l’implication communautaire sont plus que jamais nécessaires pour introduire et maintenir un accès démocratique aux soins de la santé.

De plus, de nouvelles compétences sont nécessaires pour permettre d’assumer les rôles professionnels et d’endosser la science citoyenne qu’entraîne le changement de paradigme visant à instaurer des communautés saines et viables. L’A21L, à l’article 6.45, précise que le manque de ressources qualifiées, constitue un obstacle majeur à la protection de la santé contre les risques liés à l’environnement et que la formation devrait viser les responsables de l’environnement et de la santé à tous les niveaux, des écoles secondaires, des universités jusqu’à l’information du public.

La Faculté d’éducation permanente de l’ Université de Montréal entend répondre à cet objectif de l’A21 en créant un programme de premier cycle en écosanté dans le but d’initier les intervenants aux pratiques nouvelles dans ce champ d’émergence qu’est celui de l’écosanté.

Comment citer ce texte ?

CHEVRIER, M.-P. (2007). « L'Agenda 21e siècle local et le plan d’urbanisme, deux démarches à articuler ». Dans GAGNON, C. (Éd) et E., ARTH (en collab. avec). Guide québécois pour des Agendas 21e siècle locaux : applications territoriales de développement durable viable, [En ligne] http://www.demarchesterritorialesdedeveloppementdurable.org/environnement-et-sante-humaine (page consultée le jour mois année).

En complément

L’éthique du développement durable

Pour aller plus loin...

QUÉBEC. (2006). Loi sur le développement durable (PNDD), Projet de loi 118, Québec, 20 p.

ORGANISATION DES NATIONS UNIES (ONU). (1992). Action 21, chapitre 6 : Promotion de la santé humaine, Sommet de la Terre, Johanesbourg, [En ligne].

ORGANISATION MONDIALE POUR LA SANTÉ (OMS). (1946). Constution de l'Organisation mondiale pour la santé, Conférence internationale de la Santé, New York, [En ligne].

ORGANISATION MONDIALE POUR LA SANTÉ (OMS). (1972). Déclaration d’Alma-Ata. Pour la promotion des soins de santé primaires et l’accès de tous à un niveau de santé acceptable, Conférence internationale sur les soins de santé primaires, Alma-Ata, [En ligne].

ORGANISATION MONDIALE POUR LA SANTÉ (OMS), SANTÉ ET BIEN-ÊTRE CANADA et ASSOCIATION CANADIENNE DE SANTÉ PUBLIQUE. (1986). Charte d’Ottawa pour la promotion de la santé, Conférence internationale pour la promotion de la santé, Ottawa, 5 p.

Sites Internet

Environmental health perspectives
AgoraVox, le média citoyen
Le Réseau québécois de villes et villages en santé
La communauté verte
Agence de santé publique du Canada
Institut national de santé publique du Québec
Coalition des communautés en santé de l’Ontario
Ministère du Développement durable de l’Environnement et des Parcs
Réseau francophone d’éducation et de promotion à la santé
Le Réseau Initiatives pour un autre monde (IPAM)
Veille citoyenne d’information sur les OGM et biotechnologies

Dernière modification: 4 juin 2015

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