Espaces verts et forêts urbaines

 

Quels rôles pour les espaces verts et la forêt dans la ville de demain ?

Résumé

De nos jours, il n’y a guère de villes à travers le monde, telles que Seattle, Stockholm, Boston et Vancouver, qui ne tentent pas de proposer à leurs citoyens un minimum de parcs, d’espaces verts, de corridors forestiers, voire d’écosystèmes viables, et si possible avec plans d’eau attenants. Si les raisons de ce choix sont nombreuses, il n’est pas inutile de rappeler succinctement les rôles et les fondements des choix écologiques reliés aux espaces verts dans la planification et l’aménagement d’une ville durable ainsi que leur inscription,  à l’échelle internationale, dans la Convention de la biodiversité.

Les rôles et fonctions des espaces verts

Les onze fonctions écologiques des peuplements forestiers urbains, énumérées ci-dessous, doivent  être considérées comme des prestations gratuites de service pour les villes et ses résidents. Respirer de l’air pur, se ressourcer le corps et l’esprit dans des boisés de proximité, réduire les températures extrêmes de l’atmosphère et les crues excessives des cours d’eau, amortir le bruit ambiant de nos villes : voilà autant de bienfaits quotidiens de l’arbre et des forêts dont la valeur est habituellement oubliée des élus et citoyens ou prise comme un acquis intangible. On oublie cependant qu’en cas de destruction ou de dégradation, les coûts de remplacement peuvent s’élever à des millions de dollars pour une moyenne ou grande ville. Découvrons  les diverses fonctions de ces prestations offertes par Dame Nature.

Production d’oxygène, filtration et épuration de l’air ambiant

Les écosystèmes urbains fournissent aussi d’importantes prestations de services en matière de production d’oxygène, de filtration, de séquestration du carbone atmosphérique (GES) et enfin d’épuration de l’air ambiant. Leur disparition affecte grandement les populations urbaines, notamment les personnes âgées ou souffrantes de maladies chroniques ou de jeunes enfants, populations reconnues comme plus fragiles. En effet, sachant que le poids de l’air inspiré par jour représente environ 20 kg par personne, la présence prolongée de smog en zone urbaine  provoque des pics de maladies respiratoires et cardiaques, ainsi qu’une explosion des mortalités associées (Londres en décembre 1952, maintenant les villes chinoises; et autour de 2000 décès prématurés au Québec, selon l’Institut national de la santé publique). Une très récente étude du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC, rattaché à l’OMS), classe désormais la pollution de l’air extérieure comme cancérogène.

Climatisation et régulation des températures

Les infrastructures vertes fournissent également une somme inestimable de biens et services en matière de climatisation et de régulation de la température de l’air ambiant (extérieure et intérieure), tant en période estivale qu’hivernale. Si l’ensemble des populations urbaines en bénéficie, particulièrement lors des canicules et dans les îlots de chaleur, ce sont surtout les populations fragiles, qui sont gagnants de la présence de telles infrastructures sur le territoire. On a déjà calculé qu’à Montréal (par une belle journée de juin à Ville St-Laurent), des écarts de température de 17oC entre un parc urbain (23,1oC) et une zone industrielle (40,6oC), le quartier résidentiel atteignant pour sa part 31,5oC. Sans parler des cas de mortalité nettement accrus (voir «  Planète Cœur  » du Dr François Reeves, Multimonde, 2011). Chez les populations urbaines mieux nanties, l’absence d’écosystèmes végétaux va se traduire en premier lieu, par un achat accru de climatiseurs ou de résidences secondaires en zones de villégiature (entretenant ainsi l’augmentation de l’étalement urbain) et en second lieu, par une hausse globale et substantielle de la consommation énergétique.

Régulation et rétention des eaux

Les boisés favorisent entre autres choses la régulation des crues printanières ainsi que la rétention des eaux de ruissellement en surface. En outre, ce sont d’excellents systèmes naturels de contrôle des inondations, débordements et refoulements des eaux. De nombreux citadins connaissent déjà les risques associés aux problématiques de refoulements d’égouts qui nécessitent, en bout de piste, des travaux de réfection d’infrastructures en amont ou en aval des zones urbaines affectées. Le réchauffement climatique ne fera qu’accentuer le phénomène des précipitations extrêmes si coûteuses pour les municipalités et les assureurs.

Filtration et épuration des eaux de surface

Les zones de végétation agissent également comme un système naturel de filtration et d’épuration des eaux de ruissellement de surface. Les plantes se comportent exactement comme des filtres naturels pour les eaux de surface. Cette fonction salvatrice se vérifie de façon saisissante avec les étangs d’épuration des fosses à purin agricoles et les systèmes industriels de biofiltres. Maintes villes ont dû détruire les murs de béton bordant leurs rivières et procéder à la revégétalisation complète des rives d’origine, comme c’est le cas pour  la Ville de Québec avec la rivière St-Charles.

Stabilisation des sols

Les infrastructures vertes fournissent également aux municipalités des prestations de services essentielles en matière de stabilisation des sols. C’est le cas en particulier contre les risques associés aux glissements et aux décrochements de terrain en sol argileux, mais aussi au lessivage des sols en zone riveraine littorale. Bref, ce sont des systèmes naturels de stabilisation par excellence. Les méfaits du dernier déluge au Saguenay (Québec, Canada) en 1996 ont naturellement obligé les autorités municipales et provinciales à reconstruire, stabiliser et renaturaliser les milieux riverains affectés et menacés, mais aussi à reboiser massivement de nombreux segments  reprofilés, c’est-à-dire dont les versants sont en équilibre avec les sols constitutifs (sable, gravier, argile, etc).

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Décontamination des sols

Dans le même registre, les zones boisées interviennent aussi comme un des principaux systèmes naturels de décontamination et de recyclage des sols dégradés par l’activité humaine sur un territoire donné. De nombreuses plantes sont en effet capables de fixer dans leurs cellules les métaux lourds, radionucléides, composés organiques polluants et autres produits indésirables; certaines plantes produisent des enzymes qui dégradent ces polluants en des produits moins toxiques ou littéralement non toxiques. Elles peuvent également être accompagnées de mycorhize qui se charge du travail de fixation et/ou de transformation. Ces propriétés en ont fait des candidates d'avenir relativement à la dépollution des sols.  De préférence, les plantes  choisies sont sélectionnées selon leur taille et leur aptitude à faire plonger leurs racines profondément dans le sol, de manière à atteindre les couches polluées profondes qui peuvent atteindre quelques mètres, et selon le type de polluant qu'elles sont capables d'emprisonner ainsi. C’est ce qu’on appelle la phytoremédiation. En cas d’insuffisante couverture végétale, les composantes technologiques doivent prendre le relais et les coûts économiques sont assez faramineux.

Intégration architecturale et encadrement paysager

Les infrastructures vertes et parcs, ce sont aussi des systèmes d’encadrement naturel qui favorisent la vie de quartier, de même que l’animation du parc immobilier. Ce type d’infrastructures va aussi favoriser et faciliter l’intégration architecturale et paysagique des différentes fonctions urbaines compatibles ou incompatibles sur l’ensemble du territoire municipal. Pour leur part, les firmes d’évaluation et de courtage immobilier estiment d’ailleurs qu’elles contribuent, dans une mesure forte appréciable au maintien, voire même à la valorisation de l’assiette fiscale des municipalités.

Insonorisation, confinement et dispersion du bruit urbain

Les espaces verts sont aussi d’excellents systèmes naturels d’insonorisation, de confinement et de dispersion du bruit ambiant engendré par la circulation sur les grandes artères. Bien que les quartiers situés à proximité d’autoroutes puissent maintenant bénéficier d’écran antibruit, on s’empresse aussitôt de les regarnir de végétation herbacée et arbustive. On voit même pousser de vrais écrans acoustiques écologiques qui inspirent même  les murs végétaux grimpant le long des édifices urbains. L’absence de ces infrastructures vertes dans les centres-villes crée de fâcheux impacts associés aux «  trous de beigne  », fruits du mouvement centrifuge des populations de ces centres-villes vers les banlieues, dont la démographie se gonfle démesurément.

Décomposition de la matière organique

Au plan écologique et environnemental, les espaces verts agissent d’abord comme systèmes naturels de décomposition et de compostage des matières organiques. Elles produisent les substrats végétaux ainsi que les supports au développement des organismes et micro-organismes nécessaires au maintien et à la reproduction de la vie sur terre. Elles produisent entre autres, aux fins agricoles et horticoles, des matériaux de fécondation et d’enrichissement des sols qui peuvent être par exemple des terres végétales, du compost, des litières, paillis et autres amendements organiques. Le coût de remplacement cette fois est une facture croissante reliée à l’enlèvement, l’enfouissement et à l’élimination des matières organiques résiduelles, à l’achat des engrais nécessaires à l’entretien et à la croissance des végétaux en agriculture de même qu’en aménagement paysager.

Nidification et reproduction des espèces fauniques et végétales

Les espaces  verts en milieu urbain sont également nécessaires au maintien des systèmes de nidification de la faune ailée, mais aussi, et surtout à la reproduction de la plupart des espèces fauniques, végétales et génétiques sur terre. La baisse de la biodiversité locale entraîne inévitablement une détérioration significative de la qualité de vie citadine.

Récréation extensive et récréotourisme saisonnier

Enfin, les espaces verts, ce sont des systèmes naturels qui conviennent tout particulièrement à la récréation extensive de plein air et au récréotourisme saisonnier. Elles aident aussi à combattre le stress de la vie urbaine au quotidien, en favorisant le maintien et l’amélioration de la santé physique et mentale, ainsi que la qualité de vie des citadins par le développement de l’activité physique, récréative, sportive, pédagogique et écotouristique. En région par rapport aux grands centres, elles contribuent entre autres, à faciliter le recrutement ainsi que la fixation de la main-d’œuvre qui est plus jeunes et de plus en plus spécialisés dans les petites, moyennes et grandes entreprises industrielles et de services.  Le coût de remplacement à payer pour leur disparition croissante  se traduit inexorablement par une dégradation de la qualité et des conditions de vie urbaine et par un transfert des coûts sociaux vers les systèmes de santé et d’assurance collective. On parle ici de l’augmentation de l’absentéisme au travail, l’épuisement professionnel, le stress, les troubles du sommeil, les déficits d’attention, etc.) et enfin un déclin sournois de la productivité de la main-d'œuvre et des entreprises locales.

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LA CONVENTION SUR LA BIODIVERSITÉ BIOLOGIQUE

La Convention sur la biodiversité biologique adoptée lors du sommet planétaire de Rio de Janeiro, le 5 juin 1992, a défini le terme de biodiversité comme étant la variabilité des organismes vivants de toute origine y compris, entre autres, les écosystèmes terrestres, marins et autres écosystèmes aquatiques et les complexes écologiques dont ils font partie. La biodiversité concerne donc tout le vivant et la dynamique des interactions possibles au sein de celui-ci. Dans cette perspective et à l’instar des interventions formulées récemment lors du Sommet sur la biodiversité de Montréal en avril 2010, Il faut considérer également que les corridors bleus ainsi que les espaces verts boisés naturels ou aménagés en territoire urbain sont déjà, au même titre que les infrastructures de service public municipales, des infrastructures naturelles de production de biens et services. En effet, ces infrastructures de production sont principalement caractérisées par la présence  en zone urbaine de plusieurs systèmes productifs naturels en interaction constante et essentielle au maintien de la biodiversité. Dans cet esprit, soulignons l’initiative justement lancée en 2010 par le Conseil régional de l’environnement de Montréal, d’une campagne appelée « Révélez votre nature », qui encourage les entreprises, situées principalement dans les secteurs industriels et commerciaux de l’île de Montréal, à planter des arbres et à faire des aménagements écologiques sur leur terrain privé, en participant notamment à :

  • l’embellissement,iyb_footer_cbd_logo_fr
  • la lutte aux îlots de chaleur,
  • l’amélioration du milieu de vie, tant pour les citoyens que pour les employés,
  • l’augmentation de la biodiversité,
  • la bonne gestion des eaux pluviales ou encore à l’atteinte des objectifs de canopée.

On rappelle que les arrondissements et les villes liées jouent un rôle clé de leadership au sein de la campagne. Ces derniers doivent démontrer leur exemplarité, notamment en posant des actions concrètes de verdissement dans leur secteur.

LVBF AU SAGUENAY

Ces très nombreux bienfaits redevables aux boisés en milieu urbain inspirent et guident notre organisme depuis ses débuts dans la poursuite de sa mission. On aura observé les deux dimensions fondamentales de ces bienfaits, soit la Nature (conservation, mise en valeur) et la Société (accessibilité des boisés et santé accrue des citoyens). Notre mission se résume donc simplement: “ Protéger, mettre en valeur et rendre accessibles les boisés urbains du Saguenay, pour le plus grand nombre de citoyens d'ici et d'ailleurs, à des fins de loisir, d'éducation et de conservation”. C’est ainsi que depuis 1998, LVBF a produit une quinzaine de rapports, mémoires, diaporamas  et avis de toutes natures, s’adressant principalement et successivement aux élus de Chicoutimi et de Saguenay. Ces documents peuvent être consultés sur notre portail. Ils témoignent de notre intention première, celle de convaincre les élus de la nécessité d’une véritable politique de foresterie urbaine, assortie d’une structure municipale adéquate, en mesure de produire un inventaire permanent de son patrimoine végétal, d’en gérer efficacement son évolution, de susciter l’adhésion enthousiaste de ses citoyens à cette cause et d’encourager financièrement les organisations non gouvernementales environnementales (ONGE) qui y participent. Mission encore très partiellement accomplie, mais qui a tout de même permis :

  • d'inscrire nombre de nos propositions dans le dernier Schéma d'aménagement et de développement de la Ville de Saguenay;
  • de voir la ville signer des protocoles d'ententes avec des ONGE du milieu, dont LVBF qui a remis à niveau et entretien annuellement une douzaine de sentiers sur autant de boisés urbains autrefois orphelins;
  • de réaliser des analyses prospectives sur des corridors de biodiversité à la fois intra-urbains et riverains de Saguenay pour l'horizon 2020, souvent avec la collaboration de stagiaires universitaires de l'UQAC et de Lyon;
  • de mettre à l'ordre du jour, en collaboration avec le Conseil des Loisirs Scientifiques régional et l'ensemble des MRC de la région, l'épineuse question relative à la conservation et à la mise en valeur des paysages régionaux au Saguenay et au Lac-Saint-Jean;
  • de créer un Club de marche sur Chicoutimi, permettant aux citoyens de fréquenter les boisés rendus accessibles par des sentiers aménagés et sécuritaires, et ce, jusqu'à sept fois la semaine;
  • de rejoindre sept écoles primaires, secondaires et collégiales à titre de marraines d'un boisé attenant et signataire d'un Contrat de boisé pour son entretien et son utilisation pédagogique;
  • d'encourager annuellement par reconnaissance symbolique, des propriétaires d'arbres et de boisés particulièrement soucieux de leur entretien et de leur aménagement.

CONCLUSION

Au terme de ce survol des extraordinaires aménités des boisés urbains et espaces verts, retenons les trois éléments de réflexion suivants, reliés au contexte urbain:

Premièrement, la valeur des biens et services, en termes de prestation  et de remplacement, tel qu’offert aux citoyens et produit de façon permanente par les espaces verts et boisés urbains, existants sur le territoire, n’est pas comptabilisée ou prise en compte dans les budgets annuels de fonctionnement municipaux et encore moins dans les plans triennaux d’investissement.

Deuxièmement, ce sont des infrastructures naturelles de production de biens et services dont on ignore généralement l’existence, la fonction ainsi que les rôles déterminants joués sur tous les plans, mais dont on constate trop souvent l’absence en zone urbaine. En effet, aucune ville n’échappe à l’inexorable remplacement des aires boisées et humides par le bâti résidentiel, commercial, institutionnel et industriel, sans parler de leur fragmentation par le réseau routier. Il devient crucial de préserver un pourcentage signifiant et judicieusement réparti de ces précieuses aires de biodiversité (de 12 % à 20 %), même au prix de pertes économiques à court terme…

Troisièmement, même si la valeur de remplacement des biens et services rendus nous apparaît significativement importante à ce stade-ci, dans les faits, les coûts engendrés par l’absence de sensibilité des décideurs publics à ces questions sont généralement externalisés vers les systèmes de santé, d’assurances collectives, voire en définitive vers le contribuable.

Toute municipalité soucieuse d’une intégration optimale des prestations écologiques et de leur valeur tant sociale qu’économique devrait s'attaquer à des priorités, celles d'identifier :

  • les pires menaces prévisibles à son intégrité;
  • les prestations de services qu’elles lui soustrairont ;
  • les impacts de tous ordres sur ses citoyens et sa survie comme entité;
  • les décisions incontournables à débattre pour éviter un dépérissement trop important.

En somme, les rôles et fonctions des espaces verts et boisés en milieu urbain démontrent bien les liens inextricables entre la Nature et l’humain, entre l’environnement, le social et l’économique.

Comment citer ce texte ?

DÉSY, J. ET TREMBLAY, G. (2013). « Quels rôles pour les espaces verts et la forêt dans la ville de demain ? ». Dans GAGNON, C. (Éd). Guide québécois pour des Agendas 21e siècle locaux : applications territoriales de développement durable viable, [En ligne] http://www.demarchesterritorialesdedeveloppementdurable.org/forets-urbaines/ (page consultée le jour mois année).

Pour aller plus loin...

Environnement et santé humaine

Sécurité des milieux habités

Éducation relative à l'environnement

Protection et mise en valeur du paysage

Règlement sur l'aménagement durable des forêts (MFFP, 2013)

Dernière modification: 31 mai 2017

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