Université de Sherbrooke

 

Maryève Charland-Lallier

Un campus durable au Québec

Résumé

L’Université de Sherbrooke a amorcé en 2005 une démarche de développement durable (DD) ayant mené à l’adoption d’une politique de DD quelques mois plus tard. Dès lors, un Comité de DD multipartite a été formé et chargé de rédiger un plan d’action qui devrait être complété au printemps 2007. La démarche entreprise à Sherbrooke suit à quelques différences près les étapes proposées par un Agenda 21e siècle Local (A21L), mais en institution.

Présentation du contexte socioéconomique et du territoire

© Université de Sherbrooke

L’Université de Sherbrooke compte six campus à travers le Québec, dont le principal est situé dans le sud-ouest de Sherbrooke, au pied du mont Bellevue, dans la région estrienne. Des 35 000 étudiants, 7 000 fréquentent le campus de Longueuil. Ce sont 5 600 employés, dont 2 000 chargés de cours, qui assurent le déroulement des activités ainsi que des 260 programmes offerts par l’institution quinquagénaire. L’Université de Sherbrooke compte parmi les huit institutions du Pôle universitaire de Sherbrooke qui regroupent ensemble plus de 40 000 étudiants sur une population totale de 140 000 résidents.

 

Plan du campus principal l'Université de Sherbrooke

© Université de Sherbrooke

Sherbrooke, capitale de l'Estrie, est une ville bicentenaire. Depuis le regroupement municipal de 2002, elle s’étend sur un territoire de 356 km2 et comprend six arrondissements. La nature est à deux pas, qu’il s’agisse des montagnes, des lacs, des rivières ou des forêts. La présence des loyalistes a marqué l’architecture et la culture de cette ville à proximité de la frontière états-unienne et des grands centres urbains.

Localisation de la ville de Sherbrooke

© Tourisme Canton-de-l'Est

Présentation de la démarche

La démarche de développement durable de l’Université de Sherbrooke a été initiée par son administration et celle du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke. C’est ainsi qu’en janvier 2005, l’Université de Sherbrooke et huit partenaires institutionnels du monde municipal, de l’enseignement et du réseau de la santé de Sherbrooke se sont associés pour développer une approche concertée visant à mettre en application et à promouvoir le développement durable (DD). Outre l’Université de Sherbrooke, les huit institutions publiques et parapubliques de la région sont :

Cette démarche s’est traduite par l’élaboration et l’adoption d’une Politique de DD par l’Université de Sherbrooke en septembre 2005. Elle est aujourd’hui portée par le Comité de DD relevant de la rectrice adjointe et de la vice-rectrice à l’administration. Le budget est obtenu par le biais du Fonds de DD financé par la vente des permis de stationnement. Par le biais de cette politique, l’Université s’est dotée de principes directeurslesquels sont :

  • accès au savoir et à l’information ;
  • santé et qualité de vie ;
  • protection de l’environnement ;
  • protection et reconnaissance du patrimoine culturel ;
  • précaution ;
  • équité sociale ;
  • efficacité économique ;
  • production et consommation responsables ;
  • participation et transparence ;
  • subsidiarité.

La Politique s’applique à toutes les personnes membres de la communauté universitaire, aux unités administratives et aux instances universitaires. L’adoption de cette politique a mené à la création d’un Comité de DD ayant pour premier mandat la rédaction d’un plan d’action triennal, lequel a été adopté par le Conseil d’administration au mois de juin 2007.

Les motivations

Les motivations ayant mené à l’adoption d’une Politique de DD et des actions subséquentes proviennent d’un contexte général favorable à une telle initiative. Parmi les facteurs ayant conduit à cette démarche, notons :

  • le désir de l’administration de consolider son image « verte » et de solutionner la problématique de congestion des parcs de stationnement par la mise en œuvre d’un projet de transport durable ;
  • la volonté de certains employés de créer un Comité environnemental ;
  • les revendications des étudiantes et étudiants ;
  • la création d’un groupe étudiant affilié à la Coalition jeunesse Sierra et son projet Campus durables ;
  • la prise de conscience du rôle des établissements d’enseignement dans la promotion et la mise en œuvre du DD.

La porte d’entrée de ce projet d’envergure a été l’environnement. La réflexion à ce sujet a naturellement mené à une démarche globale dont les objectifs, tels que décrits dans la Politique de DD, sont les suivants :

  • intégrer le DD à la mission universitaire d’enseignement et de recherche ;
  • favoriser la promotion, la compréhension et l’engagement en matière de DD ;
  • intégrer de façon transversale les concepts sous-jacents au DD dans les différentes politiques et initiatives de l’Université ;
  • développer une gestion respectueuse de l’environnement.

La structure de travail

En ce qui concerne la politique, un Comité de rédaction de l'agenda 21 a été créé durant l’été 2004. Il est constitué de sept personnes :

Les membres de ce Comité avaient été choisis en fonction de leurs connaissances de la thématique abordée, exception faite pour les étudiants qui ont été nommés par leur association.

Les travaux de ce comité ont été présentés à un comité de consultation élargi sur lequel siégeaient une trentaine de représentants des facultés et services. De plus, une première consultation publique a eu lieu pour recueillir les idées des membres de l’ensemble de la communauté universitaire avant d’entreprendre le travail. Puis, une seconde consultation publique a eu lieu avant l’adoption de la politique. L’ensemble des travaux se sont déroulés de l’été 2004 à l’automne 2005, soit durant un peu plus d’un an.

L’adoption de la Politique, en décembre 2005, a conduit à la création d’un Comité de DD, sous la présidence de la rectrice adjointe et vice-rectrice à l’administration. Le comité est composé :

Les travaux du Comité de DD ont été divisés en huit chantiers principaux sur lesquels siégeaient en moyenne trois personnes du Comité de DD. Ces « sous-comités » pouvaient faire appel à des personnes-ressources concernées par le sujet traité.

Une première table ronde de consultation publique a été tenue au printemps 2006. Les membres de la communauté universitaire ont été invités à se prononcer par le biais d’un site Internet mis à leur disposition, sur les actions qu’ils souhaitaient voir inclure au plan d’action. Près d’une centaine de personnes ont assisté à la rencontre tenue par le Comité de DD. La participation étudiante a étéparticulièrement remarquable car, quatre groupes étudiants et les deux associations étudiantes générales ont remis, en commun, un mémoire de recommandations de plus de 70 pages.

Afin d’obtenir le pouls du personnel, une tournée des services a été effectuée à l’été 2006. Les directeurs étaient invités à solliciter les commentaires et suggestions de leurs employés.

Les travaux en grand comité ont repris à la fin de l’automne 2006 avec quatre nouveaux représentants, dont trois étudiants. Les rencontres de l’hiver 2007 se sont tenues à un rythme plus fréquent : le Comité de DD se réunissait alors aux deux semaines, c’est-à-dire de façon plus régulière qu’il ne l’avait fait auparavant. Les travaux de rédaction sont effectués par un sous-comité, composé de une à quatre personnes, selon les situations.

Quels moyens de communication ?

Au moment des consultations publiques, les moyens de communication utilisés pour rejoindre la communauté universitaire étaient les suivants :

  • site Internet ;
  • envoi courriel à toute la communauté universitaire ;
  • annonce dans les journaux institutionnels ;
  • réunion d’information tenue par les regroupements étudiants.

Quel suivi ?

Au moment d’écrire ces lignes, le Plan d’action n’était pas encore complété. Il est toutefois prévu, pour chaque action inscrite, d’identifier des indicateurs pertinents tirés à la fois des travaux de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CRÉPUQ), du Cadre de travail pour l’évaluation de la durabilité des campus de la Coalition jeunesse Sierra, de la littérature scientifique et des réflexions du comité de DD. Le Plan d’action doit être soumis au Comité de direction et au Conseil d’administration pour adoption.

Le plan d’action est valide pour une période de trois ans, au terme de laquelle il sera évalué et renouvelé. Il demeure sous la responsabilité du Comité de DD et des responsables attitrés pour chacune des actions. Il n’est pas confirmé à ce jour qu’une personne sera engagée pour coordonner le Plan d’action.

Quelles réalisations ?

Les réalisations de l’Université de Sherbrooke en matière de DD ont débuté parallèlement aux travaux de rédaction de la politique. L’accessibilité au transport en commun pour la communauté étudiante a donc été rendue possible dès septembre 2004. D’autres mesures de transport durable ont vu le jour depuis, telles que :

  • la prolongation des pistes cyclables ;
  • une entente pour le transport interurbain avec Limocar ;
  • l’acquisition de vélos disponibles pour la communauté universitaire ;
  • la mise en place de supports à vélos supplémentaires ;
  • l’introduction d’un service de covoiturage en ligne et sur babillard ;
  • la plantation d’arbres sur le campus et la tenue d’événements, telle la Journée sans voiture.

Du côté des autres instances universitaires, notons la tenue annuelle de l’activité Printemps du développement durable, organisée par l’Observatoire de l’environnement et du développement durable. Le Centre universitaire de formation en environnement, l’Université ainsi que d’autres partenaires organisent également le Rendez-vous international sur les applications du développement durable qui a eu lieu du 18 au 20 juin 2007 avec, comme conférencière d’honneur, madame Gro Harlem Brundtland.

Les regroupements étudiants sont également actifs. Le Regroupement des étudiants et étudiantes à la maîtrise et au doctorat de l’Université de Sherbrooke a créé un poste de vice-président au DD entré en vigueur à l’été 2006.

Une Table de concertation étudiante sur le DD réunissant une dizaine d’associations et de groupes étudiants a été mise sur pied à l’automne 2006. Les membres se réunissent aux deux semaines afin d’échanger l’information quant à leurs activités respectives et favoriser la mobilisation ainsi que la concertation autour des thèmes relatifs au DD, tel le Plan d’action, par exemple.

Des étudiants à la maîtrise en environnement ont réalisé le bilan environnemental de l’Université en évaluant, dans le cadre d’un cours, une série d’indicateurs fournis par la Coalition jeunesse Sierra . Le bilan des gaz à effet de serre avait pour sa part été réalisé à l’été 2005 par une étudiante en environnement stagiaire au service des immeubles. Une étudiante à la maîtrise en environnement a développé au cours de l’hiver 2007, dans le cadre d’un cours, une clinique d’entraide sur le DD proposant une banque de ressources thématiques et des formations adaptées à cinq grands domaines d’études, soit communication et éducation, sciences sociales, génie et sciences, droit et politique, administration et économie.

De nombreuses activités de sensibilisation ont lieu sur le campus, que ce soit par le biais d'événements ou par la rédaction d’articles portant sur des cas d’application du DD. Enfin, le Groupe étudiant pour un campus durable a rédigé, dans le cadre du mémoire de recommandations étudiantes soumis au Comité de DD, une trentaine de fiches signalétiques visant à promouvoir et faciliter l’intégration de notions de DD dans les cours d’un nombre équivalent de programmes. Les contacts avec certains comités de programme sont en cours.

Les leçons apprises et les défis

Le travail en comité multipartite suppose des points de vue différents. Il y a autant de définitions du DD qu’il y a d’approches et les priorités sont alors différentes. Il y a parfois eu des questionnements sur la pertinence d’inclure certaines actions, notamment au niveau social. Somme toute, le dialogue a été respectueux et, malgré les opinions partagées, le résultat final convenait à l’ensemble des membres.

Les périodes de disponibilité sont également restreintes lorsqu’il s’agit des réunions du comité de DD avec une douzaine de personnes, notamment parce que ces personnes occupent des postes importants. La difficulté de conjuguer les horaires de tous et d’assurer un travail assidu entre les réunions est notable. Le personnel de l’Université se voyait aménager du temps de travail pour assister aux réunions alors que les étudiants étaient impliqués bénévolement. Dans les deux cas, la surcharge de travail, occasionnée pour les travaux annexes aux délibérations du comité de DD, complique la question de la disponibilité et de l’avancement du projet de DD.

Le temps nécessaire à la réalisation d’un tel projet est considérable. Les membres du Comité ont parfois eu le sentiment qu’il y avait une absence de progression des travaux. Plusieurs raisons motivent cette perception. Ainsi, les conflits d’horaires entre ce type de projet de long terme et un ensemble de priorités à très court termes ont parfois ralenti la démarche des travaux. Les rencontres mensuelle au début des travaux, les délais dans le renouvellement et l’intégration de nouveaux membres ainsi que la priorité accordée à certains éléments de transport durable mis en place immédiatement ont contribué à cette perception.

Finalement, la nouveauté de cette démarche de type transversal regroupant un ensemble d’activités très diverses dans plusieurs champs de compétence couverts par différentes unités administratives et types d’acteurs n'ayant pas nécessairement l’habitude de travailler ensemble, n’a pas non plus simplifié la démarche. Le fait que les acteurs soient à peu près tous convaincus de la pertinence de leur présence dans cette démarche a toutefois aidé à conserver la motivation et enrichir la démarche de DD.

Il avait été décidé au départ de lancer les travaux d’élaboration de la Politique de DD puis ceux du plan d’action sans un diagnostic complet en matière de DD pour le campus de l’Université. Bien que les données chiffrées existent dans plusieurs situations, de nombreux enjeux ne font pas l’objet d’une évaluation quantitative ou même qualitative. Il a été dans cette optique difficile de cibler des actions sur le campus qui répondent à une problématique documentée statistiquement ou du moins scientifiquement. Pour certains enjeux, le Plan d’action prévoit remédier à cette carence.

Délimiter l’étendue et les interventions du Plan d’action était également complexe en raison de la globalité du concept de DD. Ainsi, certaines actions relevaient de services qui n’étaient pas directement impliqués dans le comité de DD. Le défi était de faire un Plan d’action cohérent qui ne soit pas une simple liste d’épicerie, mais, qui n’empiète pas non plus sur des domaines d’intervention propres à d’autres.

La rédaction en tant que telle est aussi une étape délicate. Le choix des mots est crucial, de même que la description des démarches, des cibles, et le choix des indicateurs, particulièrement au niveau social.

Au niveau financier, le contexte budgétaire difficile des universités québécoises ne contribue pas à simplifier cette démarche et nécessite fréquemment des arbitrages difficiles entre différentes actions possibles.

Le principal défi dans l’application d’une démarche de DD, telle que celle conduite à l’Université de Sherbrooke, est la question de l’engagement, de l’adhésion des différents membres et acteurs de la communauté universitaire à cette démarche globale qui, par ailleurs, entraîne un changement organisationnel important.

Consultez les documents issus de l'A21L de l'Université de Sherbrooke

Remerciements :

Un merci tout particulier à Alain Webster, adjoint au vice-rectorat à l’administration, pour sa collaboration et ses précieux commentaires.

Comment citer ce texte ?

CHARLAND-LALLIER, M. (2007). « L'Agenda 21e siècle local de l'Université de Sherbrooke. Un campus durable au Québec. Dans GAGNON, C. (Éd) et E., ARTH (en collab. avec). Guide québécois pour des Agendas 21e siècle locaux : applications territoriales de développement durable viable, [En ligne] http://www.A21L.qc.ca/9629_fr.html (page consultée le jour mois année).

Sites Internet

Coalition jeunesse Sierra

Groupe étudiant pour un campus durable

La Politique de développement durable de l'Université de Sherbrooke

Dernière modification: 18 octobre 2013

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


5 × cinq =

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>