Osa (Costa Rica)

 

Le territoire de l’Agenda 21e siècle local : une région écologique

Le territoire couvert par le projet de l’Agenda 21e siècle local (A21L) d'Osa est la région écologique de l’aire de conservation d’Osa (ACOSA), située dans le sud du Costa Rica (voir carte 1). Il existe onze aires de conservation dans le pays. La définition de ces aires diffère en fonction des huit provinces administratives qui découpent le pays. Le territoire de l’ACOSA comprend trois municipalités : Osa, Golfito et Corredores. Celles-ci furent impliquées dans la démarche de mise en œuvre de l’A21L, initié par le gouvernement central.

Carte 1 : La région écologique d'Osa

Sources : ACOSA et http://www.imagenes-tropicales.com/

L’ACOSA comprend 7 aires protégées, soit environ 44 % de la superficie du territoire, et représente un imposant bassin de biodiversité à protéger. Cependant, compte tenu de la fièvre touristique actuelle qui secoue tout le Costa Rica, la région est gravement menacée par les nombreux projets de développement liés au tourisme (projets de marina dans le Golfo Dulce, projets d’aéroport, etc.). Cela semble compromettre le fragile équilibre écosystémique de cette région. Par ailleurs, celle,ci vit une crise économique importante et le taux de chômage y est très élevé.

L’initiateur de cet A21L est le ministère de l’Environnement, qui a donné le mandat au directeur de la société civile au MINAE (ministère de l’Environnement et de l’Énergie), de réaliser, pour le pays, un projet d’A21L, à la suite des recommandations du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro (1992). Le projet a débuté en 1998. Le territoire de l’ACOSA a été choisi pour les raisons suivantes :

  • La forte proportion d’aires protégées ;
  • L'espace de discussion avec le public inexistant ;
  • La présence de problèmes environnementaux et sociaux (crise économique, destruction des ressources naturelles) à l'intérieur du territoire ;
  • La forte mobilisation sociale (grèves et autres manifestations publiques) concernant d’une part, un projet de plantation de melina (une espèce d’arbre exotique utilisée pour la production de bois de construction), et, d’autre part, la construction d’une usine de transformation de melina en bordure du golf Golfo Dulce.

La démarche s’est déroulée sur une période de 7 ans, soit entre 1999 et 2006. Le projet a été financé principalement par la Hollande via le ministère de l’Environnement et de l’Énergie (MINAE) du Costa Rica. Les municipalités n’ont pas participé activement au processus.

Selon le point de vue du MINAE, qui a coordonné le projet du début à la fin, le projet initial d’A21L se serait plutôt transformé en trois différents projets :

  1. Le Forum social Sud (Foro social Sur) a été supporté entre autres par l’ASOCOVIRENA. Le fonctionnement de ce forum, qui existe depuis environ un an et demi, a relativement la même forme que l’A21L de l’époque. Un des organismes fondateurs, l’ASOCOVIRENA, s’est allié avec des instances institutionnelles, telles les universités. Le forum permet de réunir, environ une fois par semaine dans le secteur de Ciudad Neilly, plusieurs représentants de la société civile qui souhaitent dénoncer une situation ou annoncer un projet et chercher des appuis. Par exemple, si un groupe souhaite dénoncer le projet de construction d’une nouvelle marina dans le Golfo Dulce, il peut ainsi faire connaître son point de vue et chercher des appuis parmi les autres acteurs présents. Un des objectifs était de réussir à étendre ce processus à tout le territoire,. Pour l’instant, toutes les réunions ont lieu dans le local d’un organisme communautaire nommé Fundacion para el desarrollo sostenible de la region de OSA (FICOSA).
  2. Le Forum social Tertuliando sobre OSA, dirigé par l’organisme The Nature Conservancy (TNC). Il s’agit d’un forum social informel permettant à la société civile et aux institutions étatiques de discuter de diverses problématiques reliées à la protection de l’environnement, de chercher des solutions, de créer des contacts et de développer des réseaux. Les rencontres ont lieu une fois tous les deux mois dans un local de l’Université du Costa Rica à Golfito.
  3. Enfin, un Réseau de courriers internet (Red de correo electronico), projet supporté par l’ Universidad de cooperacion internacional (UCI).

Cependant, dans ces projets, la question de l’A21L ne semble pas présente.

© Véronik St-Onge

 

Quels étaient les objectifs de la démarche ?

La motivation initiale provenait principalement de la volonté de la ministre de l’Environnement et de l’Énergie, qui était aussi vice-présidente du pays. Cette démarche survenait à la suite de l’engagement du pays lors du Sommet de la Terre.

Les objectifs initiaux étaient :

  • le renforcement organisationnel ;
  • le développement de projets soutenables dans l’esprit du développement durable (DD) ;
  • la protection de l’environnement par une meilleure gestion des déchets solides et liquides et aussi des aires protégées ;
  • la création d’un espace de concertation entre les secteurs privé, public et associatif.

Comment la structure de travail a-t-elle été mise sur pied ?

A la suite d'une première réunion, qui a regroupé plus de quatre cent personnes et visait à évaluer la réceptivité de la population et des organismes locaux, une deuxième réunion a permis d’expliquer la méthodologie de travail et d’animation. Comme il y avait trop de personnes pour travailler tous ensemble, autour d'une seule et même table, la décision fut prise de créer quatre tables de travail sur différent thèmes:

  • environnement ;
  • aspects sociaux ;
  • moyens de production ;
  • infrastructures.

Pour chacune des tables, il y avait des représentants de tous les secteurs : institutionnel (qutorze institutions étatiques), organisations non gouvernementales (ONG), gestionnaires municipaux, entreprises (coopératives, compagnies…) et associations (groupes de femmes, groupes d’indigènes, etc.).

Les tables se rencontraient une fois par mois dans une municipalité différente, à tour de rôle. La structure organisationnelle de chaque table comportait un coordinateur, un directeur et un secrétaire. Ils identifiaient des thèmes qui concernaient l’ensemble de la région. Les thèmes étaient ensuite discutés alternativement. Par exemple, à la table environnementale, il a été question de la création de plans de gestion de la ressource forestière pour contrecarrer la déforestation. La ministre a participé à quelques réunions pour prendre connaissance de l’évolution du projet. En moyenne, il y avait au départ entre 20 et 30 personnes pour l’ensemble des tables, avec le temps, comme le nombre s’est réduites, les quatre tables ont finalement travaillé ensemble.

Le mandat des tables de travail consistait donc à trouver des solutions viables aux problèmes discutés. Il s’agissait toutefois davantage d’un espace de concertation permettant de restructurer le niveau organisationnel de gestion du territoire que d’un espace opérationnel et technique.

Les tables bénéficiaient de moyens limités compte tenu du peu de ressources financières. Par contre, le Ministère payait certaines dépenses tant au niveau matériel que technique. Par exemple, si une table avait besoin d’information, un professionnel était invité. Les frais de transport et de séjour des membres étaient remboursés.

Au fil du temps, la participation de la population locale a diminué, notamment parce que la réunion changeait de municipalité chaque mois. Cependant, il y avait des citoyens qui venaient dénoncer des actions qu’ils jugeaient néfastes pour leur région.

Figure 2: Golfito

© Véronik St-Onge

Quels outils et quels résultats ?

L'état des lieux du territoire a été réalisée par le MINAE en 2003, soit trois ans avant la fin de la démarche, sous la forme d’un document de deux cent pages (MINAE, 2007).

Aucun plan d’action ne fut présenté officiellement. Il y avait des actions de poser en continu afin de répondre aux problématiques soulevées lors des réunions, quand les moyens financiers et techniques le permettaient.

Des outils de concertation et de coordination ont été développés.

Les raisons de l’abandon de la démarche

Aucun comité de suivi n’a été mis en place. Actuellement, il n’y a plus de rencontres. L’A21L n’a pas non plus été intégré au sein des activités des trois municipalités. Une des difficultés rencontrées a été la participation des élus municipaux. En effet, les maires ne se sont jamais appropriés la démarche et à plusieurs réunions, aucun représentant municipal n’était présent. Par contre, ils étaient informés du déroulement par les tables de travail au moyen d’invitations et de comptes rendus. Leur attitude a quelque peu changé après 2002, au moment où une loi est venue renforcer le pouvoir municipal. Par contre, aucune municipalité n’a exprimé la volonté de continuer la démarche, pour plusieurs raisons :

  • le non-renouvellement du financement externe,
  • le désintérêt des municipalités,
  • la faible participation citoyenne, qui à la fin de la démarche était presque nulle, à cause des frustrations soulevées, des objectifs pas suffisamment clairs du processus, et le manque de résultats concrets.

Les apprentissages et les défis du cas étudié

Sans pouvoir démontrer le lien direct avec le processus d’A21L, des actions gouvernementales ont été réalisées au cours de la démarche : construction de cliniques de santé, ralentissement de la déforestation, amélioration du réseau routier, recyclage, installation de panneaux solaires.

C’est au niveau de la communication et de la concertation que le bénéfice se fait principalement sentir. Le fait que des représentants gouvernementaux soient assis à la même table que les acteurs locaux semble être une première. L’A21L d'Osa a réussi selon certains à offrir un espace de communication à la population civile. Par exemple, un organisme très impliqué dans la démarche, soit l’ASOCOVIRENA, a modifié sa façon de fonctionner et collabore avec d’autres organismes aux objectifs similaires au lieu de travailler de façon parallèle. La démarche a permis à ses organismes de faire ressortir les intérêts généraux de la région au-dessus de leurs intérêts particuliers.

De l’observation terrain et des entrevues réalisées, quelques apprentissages et défis se profilent :

  • la démarche d’A21L a permis de comprendre l’importance de la concertation,
  • il reste encore beaucoup de travail à faire pour appliquer les principes de DD,
  • il y a eu une ouverture, un espace de travail à l’échelle régionale,
  • le suivi régulier est essentiel,
  • l’A21L ne peut être présenté et vu comme une démarche pouvant répondre à tous les besoins individuels.

Quant aux défis à relever, pour une prochaine démarche d'A21L, dans le contexte costaricain, nous en avons identifié cinq :

  • soutenir et encourager la participation de la population civile et des entreprises privées ;
  • mettre en relation tous les groupes qui ont des objectifs similaires ;
  • impliquer dès le départ les élus locaux ;
  • préciser, à l’échelle nationale, les politiques, les objectifs et les actions de DD de concert avec les territoires et les communautés locales ;
  • décentraliser et fournir les ressources et les moyens suffisants.

Que retenir ?

  • Bien que le processus d'A21L n'ait pas été poursuivi, il a tout de même apporté beaucoup à la région sur le plan organisationnel ;
  • les problèmes touchés sont restés au niveau régional, sans prendre en compte leur dimension mondiale. Par exemple, des questions globales telles que les changements climatiques, n'ont pas été abordées.

Comment citer ce texte ?

SAINT-ONGE, V. (2008). « L’Agenda 21e siècle local d’Osa. Un projet recouvrant une région écologique ». Dans GAGNON, C. (Éd) et E., ARTH (en collab. avec). Guide québécois pour des Agendas 21e siècle locaux : applications territoriales de développement durable, [En ligne] http://www.demarchesterritorialesdedeveloppementdurable.org/9702_fr.html (page consultée le jour mois année).

Pour aller plus loin...

MINISTÈRE DE L'ENVIRONNEMENT ET DE L'ÉNERGIE (MINAE).(2007). Caractérisation du territoire de ACOSA, [En ligne], site consulté le 06 décembre 2007.

Sites Internet

La région écologique de l’aire de conservation d’Osa (ACOSA)

Ministère de l’Environnement et de l’Énergie du Costa-Rica (MINAE)

Dernière modification: 11 septembre 2013

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