Processus d’adaptation territoriale aux changements climatiques.

 

Omer Chouinard & Anne Fauré

Processus d'adaptation territoriale aux changements climatiques dans le bassin versant de Cocagne-Grande-Digue.

Résumé

Les communautés côtières du bassin versant Cocagne-Grande-Digue sont vulnérables face aux changements climatiques ainsi qu’aux impacts de l’exploitation des ressources naturelles sur leur territoire. Le Groupe de développement durable du Pays de Cocagne (GDDPC) joue un rôle clé pour promouvoir des outils d’adaptation et d’atténuation dans le contexte des changements climatiques. L’adaptation aux changements climatiques peut être amorcée non seulement par la mise en place d’instruments d’aménagement du territoire, mais aussi par un engagement vers des mécanismes d’adaptation transformationnelle (GIEC, 2014).

Quel est le problème ?

Les communautés côtières du bassin versant de Cocagne-Grande-Digue dans le sud-est du Nouveau-Brunswick (Canada Atlantique) sont directement concernées par les impacts des changements climatiques. Le bassin versant représente 400 km et draine les eaux de la rivière Cocagne et ses tributaires vers le détroit de Northumberland qui fait partie de l’écosystème du Golfe du Saint-Laurent.

Les risques d’être touchés par des ondes de tempêtes (2000, 2010), des pluies verglaçantes (2014, 2017), des épisodes de sécheresse (2017), se sont accrus au cours des dernières années (Chouinard et Weissenberger, 2014 et Weissenberger et

Territoire du Bassin versant de Cocagne-Grande-Digue. 2017, Francis Thériault pour le GDDPC

Territoire du Bassin versant de Cocagne-Grande-Digue. 2017, Francis Thériault pour le GDDPC

Chouinard, 2015  Environnement Canada, 2006).

Ces évènements peuvent devenir catastrophiques et causer des pertes humaines, des dommages aux infrastructures, la contamination des puits d’eau potable, des pertes environnementales ou agricoles et rendent les communautés côtières très vulnérables (Kaddour et Gosselin, 2016, p.4). L’adaptation à ces changements climatiques est cruciale pour assurer la résilience de ces communautés côtières et comme le mentionne le gouvernement du Nouveau-Brunswick (2016), « même s’il y a eu une augmentation du nombre des collectivités qui participent à la planification de l’adaptation, il y a encore un travail considérable à faire avant que toutes les collectivités pèsent les répercussions des conditions climatiques anticipées et élaborent des plans pour les aborder. » À ces risques, il faut ajouter les pressions sur l’exploitation des ressources naturelles dont la prospection gazière, usines coquillières et l’épandage de pesticides.

Notre définition de l’adaptation se base sur le cinquième rapport du GIEC (2014, Annexe II, Glossary, p.1758) : il s’agit de mécanismes d’ajustements actuels et futurs afin d’anticiper les perturbations sur les systèmes humains et naturels des effets des changements climatiques. Cela prend en compte des mécanismes d’ajustement et divers processus de transformation.

Dans ce travail, l’adaptation est centrée sur le rôle majeur des communautés (« community-based adaptation ») et met en valeur leurs capacités d’autonomisation, d’agentivité (capacité des individus à influencer les évènements et les êtres) , leur culture, leurs connaissances empiriques ainsi que les démarches déjà engagées en termes d’adaptation.

L’adaptation prend différentes formes que ce soit à travers des instruments d’aménagement du territoire tels que le schéma d’aménagement ou le plan d’urbanisme et des mobilisations animées par des acteurs locaux ( Groupe de développement durable du Pays de Cocagne (GDDPC), Association des pêcheurs récréatifs du sud-est (APRSE), Réseau environnemental du Nouveau-Brunswick, Association de municipalités, Commission des services régionaux de Kent et Université de Moncton) visant à transformer le système en place.

Il s’agit ici de comprendre comment l’adaptation aux changements climatiques est abordée collectivement dans le contexte d’une gouvernance municipale toute jeune pour la Communauté rurale de Cocagne (2649 habitants ) et des territoires non organisés comme ceux du District de services locaux (DSL) de Grande-Digue (2261 habitants) et Dundas (Notre-Dame) (3914 habitants). Quel rôle peut jouer les organismes à but non lucratif (OBNL) dans ce processus d’adaptation aux changements climatiques ?

Une nouvelle approche coconstructive avec la communauté

L’approche choisie et le document d’orientation ont été élaborés à partir des résultats en sciences sociales d’une recherche interdisciplinaire qui s’inscrit dans le cadre du projet de recherche ARTIsticc (Adaptation Research, a Trans-Disciplinary Transnational Community and Policy Centred Approach, 2014-2017). Par ailleurs, il faut ajouter à cela la prise en compte de plus de 20 ans de partenariat de recherche et d’action en coconstruction entre les chercheurs de l’Université de Moncton et les organismes environnementaux, communautaires et des citoyens du bassin versant de Cocagne-Grande-Digue, dont le GDDPC ainsi que l’APRSE. Nos données proviennent d’une quinzaine d’entrevues semi-dirigées, deux groupes de discussion (« focus groups ») avec des volontaires de la communauté et l’analyse documentaire de la littérature scientifique, de la littérature grise (documents ministériels) ainsi que les nombreux rapports produits par les OBNL et les procès-verbaux des comités d’aménagement du bassin versant de Cocagne-Grande-Digue. La rédaction de ce document d'orientation politique a aussi été produite en coconstruction par des acteurs clés de la communauté rurale de Cocagne et du DSL de Grande-Digue.

Qu'avons-nous appris sur la vulnérabilité des modes de vie ruraux et côtiers ?

Les deux communautés, Communauté rurale de Cocagne et DSL de Grande-Digue, se sentent vulnérables face aux changements climatiques. Les évènements extrêmes les touchent directement :

La montée des eaux force les citoyens à s’adapter individuellement, notamment par de l’enrochement ou le déplacement de leurs habitations par anticipation des évènements futurs : « j’ai récemment reculé mon chalet de 18 pieds à cause de la tempête de 2010 » (Citoyen de Cocagne, 2017).

Les diverses sources potentielles de contamination des ressources en eau potable, les aléas autour de la production agricole et, par ricochet, l’insécurité alimentaire locale sont des facteurs de vulnérabilité.

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Par ailleurs, c’est l’identité acadienne qui est aussi fragilisée. En effet, ces terres humides ont une importance historique alors qu’elles ont permis aux familles acadiennes de reconstruire leur vie et de nourrir leur famille il y a 250 ans de cela (Gallant, 1982, p.3) : « La dune de Grande-Digue fait partie de notre identité et de notre histoire comme Acadien à Grande-Digue. Nos ancêtres sont venus s’établir ici à la fin du 18e siècle. Les quelques familles qui sont venues habiter et défricher les terres dans la région de Grande-Digue comprenaient déjà les bénéfices qu’une dune leur offrait. S’ils récoltaient les foins salés des terres humides, ils pourront bénéficier de meilleurs rendements de lait avec leurs vaches. C’est alors qu’ils bâtirent une digue au tout début du 19e siècle […] donc c’est à notre tour de continuer son histoire » (Citoyen de Grande-Digue, 2017).

Fresque murale représentant la présence d’une digue dans le marais en 1839. Réalisation d’Edmond Bourgeois, Clément Noël et Marie Ulmer sous la direction artistique de Claude Gauvin. Projet réalisé par la Société historique de Grande-Digue coordonné par Gilles Thibault. Photo : Notre centre Grande-Digue 26 septembre 2017, Anne Fauré,

Fresque murale représentant la présence d’une digue dans le marais en 1839. Réalisation d’Edmond Bourgeois, Clément Noël et Marie Ulmer sous la direction artistique de Claude Gauvin. Projet réalisé par la Société historique de Grande-Digue coordonné par Gilles Thibault. Photo : Notre centre Grande-Digue 26 septembre 2017, Anne Fauré,

Dans le cas du District de services locaux, un manque de gouvernements locaux (municipalités, communauté rurale…), d’institutions publiques locales rend les populations locales plus vulnérables puisque par exemple les plans d’urgence et  d’aménagement ne sont pas obligatoires. Par contre, dans le cas de la Communauté rurale, ces plans sont obligatoires ce qui aide à réduire la vulnérabilité des communautés. Toutefois, en l’absence de compétences spécifiques, sans ressources et sans leadership local, l’adaptation aux changements climatiques demeure faible, voire théorique.

Finalement, avec le vieillissement de la population, les personnes âgées se trouvent directement en situation de vulnérabilité lors de la venue de ces aléas climatiques. Sachant qu’un quart de la population est âgée de plus 65 ans, des mesures d’adaptation devront davantage cibler à l’avenir cette portion de la population qui demeure fragilisée.

Une étape incontournable dans le processus d'adaptation: l'aménagement du territoire.

Des plans ruraux: une première étape pour s'adapter

Pour les communautés étudiées, l’aménagement du territoire était une manière de planifier les usages du territoire et de s’adapter à la question climatique : « La planification c’est certain… l’aménagement de terrain, c’est la priorité. Nous sommes entourés de cours d’eau, et d’immense cours d’eau, nous avons des rivières, etc. […] Les gens qui vivent près de la mer, aujourd’hui, les chalets, etc. Même les grosses roches ça ne les protège pas, le niveau monte. Veut, veut pas, ça ronge » (Citoyen de Cocagne, 2016).

 

Capture

 

La planification est importante pour permettre la résilience des communautés comme nous l’explique un citoyen de Grande-Digue (2016) :

Deux plans ruraux ont été développés avec la Communauté rurale de Cocagne et avec le DSL de Grande-Digue sous la direction de la Commission des services régionaux de Kent (CSRK). Les plans ruraux permettent dans un premier temps de contrôler les usages qui sont faits sur le territoire. En effet, ils permettent, par le zonage, de réglementer la manière dont le territoire est utilisé en spécifiant des normes « obligatoires relatives à l’utilisation du sol, ainsi qu’à l’installation, à l’édification, à la modification et à l’usage des bâtiments et constructions », et aussi en limitant certains usages dans l’esprit du développement durable et cela pour les deux comités bénévoles travaillant sur les plans ruraux.

Mentionnons les biens faits d’une planification du territoire dans une perspective du développement durable qui permet de conserver l’identité des lieux et les valeurs de ruralité et de protection des habitats naturels chères aux habitants de ces territoires. Un plan rural permet également de fournir des outils techniques concrets pour permettre aux communautés de s’adapter, notamment en établissant des marges de recul et des niveaux d’élévation minimum pour les bâtiments. Un plan rural peut ainsi protéger les terres humides, les dunes, les littoraux et s’assurer de protéger les ressources en eau en anticipant les inondations et l’élévation du niveau de la mer.

Des attentes citoyennes à prendre en compte

Les citoyens avaient beaucoup d’attentes pour ce tout premier document de gestion de leur territoire en particulier par rapport à la protection des terres agricoles, mais aussi en matière de choix de développement territorial. Ainsi, plusieurs citoyens ont fait remarquer leurs préoccupations à l’égard du fait que le plan rural dé coule de l’Article 77 de la Loi sur l’urbanisme et des incohérences que cela peut entrainer en termes de mise en valeur de la ruralité :

En effet, la Loi sur l’urbanisme n’est pas adaptée pour protéger les terres agricoles et mise plutôt en priorité sur le développement et les mécanismes permettant d’augmenter l’assiette fiscale. De plus, le cadrage de l’instrument laisse peu de place à l’innovation, mais les plans ruraux constituent un premier outil pour un territoire absent de toute planification territoriale durable de conserver l’identité des lieux et les valeurs aux habitants de ces territoires.  Comme une citoyenne de Cocagne l’indique : « on veut changer pour que ça reste pareil ».

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Cette base devrait être enrichie pour diminuer les risques liés aux changements climatiques en lien avec les actions menées par le  GDDPC. Il faudrait notamment prévoir des outils permettant de prendre en compte les divers risques climatiques à l’échelle du bassin versant. Cette évaluation pourrait utiliser des outils cartographiques tels que les cartes de hausse du niveau marin et aussi les connaissances locales pour déterminer des zones les plus vulnérables et prévoir des zonages appropriés pour diminuer les sources de vulnérabilité.

Nous pensons que la Commission des services régionaux de Kent (CSRK) avec un partenariat actif du milieu associatif et des instances locales pourrait développer une vision intégrée de l’ensemble du bassin versant de Cocagne-Grande-Digue notamment en mettant en cohérence tous ces outils existants : Plans ruraux, plans d’urgence, identification des zones à risques. Cette vision intégrée pourrait également découler de l’élaboration d’un plan régional d’adaptation.

Les plans d’aménagements et les plans ruraux se sont construits sur une période de trois ans (2015-2018) lors  d’une vingtaine de réunions auxquelles les chercheurs étaient invités en tant qu’observateur. Notre étude met en évidence l’importance des processus de concertation qui se construisent dans le temps pour arriver à définir l’avenir viable du territoire. Cette concertation donne de bons résultats dans la mesure où elle permet à la population de faire valoir son point de vue : « il faut que ça vienne de la population […] il appelle ça bottom up » (Citoyen de Cocagne, août 2016). Cela peut se faire soit par l’intermédiaire de comité de travail où les citoyens peuvent s’engager ou encore par la tenue d’audiences publiques en automne 2017.

Transformer les façons de faire pour s'adapter

L’adaptation est également abordée par un certain nombre de groupes plus spécialisés œuvrant sur le territoire, tel le groupe Transition Cocagne, le groupe Slow Food

Évènement « Slow and Sloppy » organisé par Slow Food Cocagne Acadie, le 9 septembre 2017 à la ferme Marcel Goguen. Photo : Slow Food Cocagne Acadie.

Évènement « Slow and Sloppy » organisé par Slow Food Cocagne Acadie, le 9 septembre 2017 à la ferme Marcel Goguen. Photo : Slow Food Cocagne Acadie.

Cocagne Acadie et le comité Semences pour la vie. Ces groupes ont vu le jour grâce au soutien du GDDPC. Ils problématisent la question des changements climatiques à la fois sous l’angle de l’atténuation des émissions de gaz à effets de serre, mais aussi en assurant une sécurité alimentaire et des systèmes alimentaires locaux pour faire face aux divers aléas climatiques.

Ici l’adaptation est abordée dans un esprit de transformation (GIEC, 2014, Annexe II, p.1758) qui propose des mécanismes d’adaptation profonds, plus vaste que de simples ajustements (élévation, recul) et qui remettent en question les mécanismes en place: « Par exemple, concernant un système agricole, il n’est plus seulement envisagé des ajustements à travers de nouvelles variétés, des modifications dans les temps de plantation ou le recours à une irrigation plus efficiente, mais de repenser les pratiques (multiplication des rotations, méthode sans labour) et les activités (agroforesterie) jusqu’aux rouages du système agroalimentaire (pertes, gaspillages, comportements alimentaires) » (Noble et al., 2014 dans Simonet, 2016).

Il s’agit par exemple comme l’explique le mouvement Transition Cocagne :

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La possibilité de mettre en route une transition énergétique passe notamment pour ce mouvement par la mise en valeur de l’alimentation locale qui vise à promouvoir l’achat des produits locaux, renforcer la production locale à travers la relève.  D’ailleurs, plusieurs groupes se sont organisés en coopérative sur le territoire du bassin versant de Cocagne-Grande-Digue pour assurer une agriculture plus durable, juste et équitable. Mentionnons par exemple les agriculteurs de la Récolte de chez nous. À cela il faut ajouter la connectivité des individus qui ensemble exerce une veille citoyenne dynamique et engagée sur le développement durable de leur territoire depuis des décennies.

Un acteur clé de l'adaptation: le GDDPC

Nous reconnaissons le rôle central du GDDPC en tant qu’entrepreneurs de politiques au niveau environnemental (Lemieux, 2009), c’est-à-dire qu’au fil des années le groupe a acquis et distribué beaucoup de connaissances et d’expertises :

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Le GDDPC apporte des solutions tournées vers le bassin versant qu’il est prêt à faire valoir lorsque des possibilités concrètes se présentent. Ainsi, comme l’indique Lemieux (2009, p.39), « [les entrepreneurs de politiques] sont écoutés, que l’attention qu’ils suscitent soit due à leur expertise, à leur habilité à exprimer le point de vue des autres, ou au poste qu’ils occupent ». Le GDDPC joue un rôle d’intermédiaire entre les pouvoirs publics locaux, régionaux, provinciaux et l’ensemble des citoyens du bassin versant de Cocagne-Grande-Digue et d’apporter des solutions en termes d’adaptation aux changements climatiques à l’échelle territoriale. Ainsi, un élu nous confiera que sur la question des changements climatiques :

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« Le GDDPC et l’ensemble du tissu associatif du territoire font avancer l’action publique en zones côtières notamment grâce à des partenariats (conseil municipal, universités, OBNL, commission des services régionaux, paliers de gouvernements, etc.), des projets et de la sensibilisation (École Blanche-Bourgeois, École Grande-Digue et École Notre-Dame). Ces derniers permettent, par l’accompagnement, d’assurer l’accès à l’information ainsi que la vulgarisation d’aspects scientifiques nécessaires à la construction de politiques d’adaptation, mais aussi de nourrir la dimension politique de l’avenir de leur territoire (par exemple lors du processus de municipalisation). Ces actions sont primordiales pour aider la communauté rurale de Cocagne et le DSL de Grande-Digue à trouver les moyens d’agir en termes d’adaptation aux changements climatiques.

Le GDDPC joue ainsi un rôle clé dans l’accompagnement des communautés du bassin versant Cocagne-Grande-Digue et dans la prise en compte des enjeux environnementaux par les acteurs de la gouvernance locale (Communauté rurale

Activités du GDDPC où Élèves et résidents plantent dans le jardin à la Villa Côte d’Or de Cocagne. Photo : Cocagne, 7 juin 2017, Julie Forgues

Activités du GDDPC où Élèves et résidents plantent dans le jardin à la Villa Côte d’Or de Cocagne. Photo : Cocagne, 7 juin 2017, Julie Forgues

et DSL) et dans les outils d’aménagement du territoire (plan rural). Toutefois, ce travail est conditionnel à l’obtention régulière de subventions gouvernementales. D’ailleurs, sans fonds récurrents de fonctionnement, l’organisme se trouve en situation de précarité et d’incertitude. Sachant que le travail du GDDPC a été reconnu pour les retombées de ses actions au niveau de l’économie sociale  et du développement durable du bassin versant sur les 20 dernières années, il pourrait être intéressant de trouver une manière de valoriser le statut de l’organisme et de pérenniser ses actions sur le territoire.

 

 

Que retenir face à l'adaptation aux changements climatiques dans les petites communautés ?

Sur le territoire du bassin versant de Cocagne-Grande-Digue, un noyau de citoyens accompagné par le GDDPC et le réseau associatif porte et stimule l’action collective locale : production de plans d’aménagements, processus de municipalisation, mise en valeur de l’agriculture et de l’alimentation locales, engagement dans la transition énergétique, protection du patrimoine naturel et culturel. L’engagement collectif local s’explique par un fort sentiment d’appartenance au territoire (identité acadienne), une éthique environnementale (préserver l’intégrité de communautés interdépendantes), un sentiment de responsabilité pour les générations futures, tel que porté par le concept de développement durable.

Cette portion de la société civile a atteint un niveau élevé de connaissances en matièrecitation dernière de compréhension des changements environnementaux et de lutte contre les changements climatiques. Elle tend à contribuer à l’émergence de politiques, plans, programmes afin d’une part de s’adapter à ces changements et d’autre part de maintenir la viabilité de ces communautés en tenant compte de leur héritage culturel. Ceci se fait à travers la mise en œuvre des plans ruraux, mais aussi l’action des mouvements sociaux, tels que Transion Cocagne, Slow food Cocagne Acadie, Semences pour la vie  et tout le tissu associatif et l’action bénévole qui proposent des mécanismes d’adaptation transformationnelle.

Ces acteurs font également le constat des limites imposées par les instruments d’aménagement et doivent alors accepter certains compromis pour arriver à adopter des outils communs. Par contre, ces processus permettent aux acteurs qui y participent de faire de nombreux apprentissages.

L’adaptation aux changements climatiques dans le cas de petites communautés pose la question des compétences (connaissances spécialisées), des ressources (humaines, financières, matérielles) pour planifier et mettre en œuvre ce genre de stratégie, mais également une clarification sur les responsabilités des différents niveaux de gouvernements (Nalau, Preston et Maloney, 2015). Sur ce point comme le mentionne le commissaire à l’environnement et au développement durable en 2010, les gouvernements provinciaux et fédéraux ont la responsabilité d’apporter une stratégie et les ressources nécessaires pour mettre en œuvre des politiques d’adaptation :

En effet, bien que les ressources disponibles et de capital humain peuvent manquer pour développer des politiques appropriées (Chouinard, 2008, 2011 et 2016, p.108-109) pour les petites municipalités, le partenariat avec les ONBL et l’ensemble des forces vives sur territoire permet de contourner ces difficultés et ainsi de mettre en commun des connaissances et les réseaux d’acteurs : « ENGOs have access to funding that municipalities may not. Municipalities have limited resources but may be willing to collaborate, either by being a partner or at least voicing support. […] There is work that municipalities may not be able to do alone (not enough resources) even when they are on board with the idea. ENGOs may be able to access funding that municipalities can’t/don’t apply for; get the funding, then partner or get support from them » (Mitton, 2017)

Ainsi, la question climatique est politique dans la mesure où elle impose un regard sur la manière d’anticiper l’avenir, de faire face aux incertitudes et aux conflits à venir (Hjerpe, Storbjok et Alberth, 2015, p. 868). Mais aussi parce qu’elle demande de faire des choix et de porter à l’agenda des actions qui s’inscrivent dans le long terme, dans un nouveau mode de gouvernance et des stratégies globales de développement durable.

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En complément

 

Comment citer ce texte ?

CHOUINARD, O & FAURÉ, A. (2018). « Processus d'adaptation aux changements climatiques: le cas du bassin versant des communautés de Cocagne et Grande-Digue ». Dans GAGNON, C. (éditrice). Guide québécois pour des Agendas 21e siècle locaux : applications territoriales de développement durable viable, [En ligne] http://demarchesterritorialesdedeveloppementdurable.org/processus-dadaptation-territoriale-aux-changements-climatiques/ (page consultée le jour mois année).

Dernière modification: 14 mai 2018

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