Sécurité des milieux habités 

 

Jean Langevin

Comprendre, identifier et contrôler les risques et les causes d’insécurité qui altèrent la cohésion sociale d’une municipalité

Résumé
Une municipalité sécuritaire a pour effet de rendre la vie plus agréable aux citoyennes et citoyens qui y vivent et d’en attirer de nouveaux. Les municipalités ont pour mission de fournir des services essentiels de base et de qualité afin de contribuer au bien-être de leurs habitants. Dans ce contexte, la qualité de vie dans une municipalité repose dans une large mesure sur la possibilité d’y être en sécurité, de fréquenter et d’utiliser sans crainte les lieux et les équipements publics. La résolution des conflits de manière pacifique contribue aussi au climat de sécurité.

Alors comment comprendre, identifier et contrôler les risques d’insécurité ?

La démarche proposée s’appuie sur celle énoncée dans la trousse produite par la Fondation Docteur Philippe-Pinel en collaboration avec l’Union des municipalités du Québec, La clé pour des municipalités plus sûres, qui est spécifiquement destinée aux élus municipaux. Cette démarche rejoint les grandes étapes d’un A21L dans la mesure où elle est un processus multisectoriel, partenarial et participatif sur la prise en compte d’un état des lieux par des consultations afin de produire un plan d’action à long terme et un suivi élaborés par la communauté. La démarche repose d’abord sur un leadership affirmé et soutenu des élus locaux et mobilise avantageusement l’ensemble de la population autour d’enjeux fondamentaux pour la cohésion sociale du milieu. La question de la sécurité des milieux est l’un des principaux enjeux pour l’élu municipal. La vitesse de circulation des véhicules dans les rues locales, le fait de flâner dans les lieux publics, les graffitis sur les murs sont autant de causes qui minent le sentiment de sécurité de la population.

Pourquoi agir ainsi ?

Le sentiment d’insécurité est un phénomène croissant au Québec et au Canada. Il est généralement fondé sur la commission d’actes répréhensibles, mais il peut aussi résulter d’un déséquilibre dans la cohésion sociale du milieu. L’insécurité est souvent associée au développement urbain. Son degré d’importance varie considérablement d’une municipalité à l’autre. Il est important de bien comprendre la situation de chaque municipalité. Citons pour exemple, la crainte exprimée des gens âgés à l’égard de certains jeunes qui flânent dans les lieux publics; l’intimidation de certains jeunes à l’égard d’autres jeunes et le mauvais aménagement d’espaces publics comme les parcs ou le centre-ville.

Quel rôle la municipalité doit-elle jouer ?

La pertinence d’agir localement et de façon concertée en vue de maintenir un degré enviable de sentiment de sécurité et de cohésion sociale est de plus en plus reconnue. Dans cette optique, le rôle de la municipalité est d’assumer le leadership en mettant à profit son expertise dans la prestation de services à la population qui intègrent ces objectifs. La municipalité doit cependant agir dans le respect et la concertation avec les partenaires locaux impliqués dans la sécurité urbaine et la prévention.

Comment réussir ?

Pour réussir une démarche de sécurité des milieux, il faut :

  • un engagement politique des élus municipaux ;
  • un engagement de tous les partenaires sociaux, économiques et environnementaux et des citoyennes et citoyens ;
  • une approche et un plan d’action ciblé et rassembleur ;
  • une mise à contribution des expertises de la collectivité.

L’ampleur de cette démarche varie selon l’importance des consultations effectuées, dans le cadre de l’A21L, et de l’intensité de la problématique « sécurité des milieux » par rapport aux autres types de préoccupations exprimées.

Quelles sont les étapes spécifiques pour comprendre, identifier et développer un plan d’action ciblé et rassembleur sur la sécurité ?

Les étapes se déclinent en 4 temps :

  • le diagnostic local de sécurité ;
  • l’élaboration d’un plan d’action ;
  • la mise en œuvre du plan d’action ;
  • le suivi et l’évaluation du plan d’action.

Le diagnostic local de sécurité

Une fois les acteurs réunis, il importe de compléter un diagnostic local de sécurité. Ce diagnostic est un outil indispensable à la réussite de toute stratégie concertée de prévention à l’échelle municipale. Un tel exercice est primordial car il permet de mieux connaître et de mesurer l’ampleur des problèmes d’insécurité auxquels une collectivité est confrontée. Il contribue notamment à définir les facteurs de risques et de mieux cibler les pistes d’action. Enfin, le diagnostic local de sécurité vise à mettre en commun le bagage d’informations et la capacité d’analyse des intervenants associés à l’effort concerté de prévention.

Le diagnostic local de sécurité se construit à partir des diverses sources de renseignements et des perceptions sur les problèmes d’insécurité dans les municipalités. Pour ce faire, différents outils sont à la disposition des intervenants dans une municipalité, notamment :

  • les consultations menées par les organismes socio-économiques locaux et régionaux (ex. : CLSC, chambres de commerce, services municipaux et gouvernementaux) auprès des citoyennes et des citoyens afin de connaître leurs perceptions de la sécurité dans leur milieu de vie. Ces organismes pourront fournir des données essentielles notamment sur les ménages, les niveaux de scolarité, les taux de criminalité, les secteurs d’activités économiques et l’emploi, etc.) ;
  • les enquêtes, dites de victimisation menées auprès d’un échantillon représentatif de la population, permettent de brosser un tableau plus précis des actes répréhensibles dans une collectivité. Le CLSC local pourra éventuellement fournir des informations pertinentes à ce sujet ;
  • les marches exploratoires des femmes, des personnes âgées et de l’ensemble des habitants d’un quartier pour identifier, dans leur milieu de vie, les éléments qui génèrent de l’insécurité ou qui peuvent être ou devenir problématiques.

L’élaboration d’un plan d’action

Une des principales tâches des partenaires institutionnels et communautaires regroupés dans une coalition locale pour la sécurité de la collectivité est d’élaborer un plan d’action. Il concrétisera la volonté commune d’agir. Le plan d’action devra :

  • dégager un consensus entre les partenaires sur les enjeux ou problématiques liés à l’insécurité sur le territoire auxquels il y a lieu de s’attarder en priorité ;
  • inclure dans le plan d’action un ensemble diversifié de mesures préventives ciblant des facteurs de risques spécifiques ;
  • bien préciser les objectifs et les impacts souhaités par les différents projets qui sont inscrits au plan d’action ;
  • mobiliser et réunir les ressources adéquates en vue d’assurer la mise en œuvre des projets ;
  • désigner pour chaque projet un organisme qui agira à titre de maître d’œuvre et qui assumera le leadership requis pour le mener à terme.

La mise en œuvre du plan d’action

La mise en œuvre du plan d’action et sa réussite reposent sur les véritables engagements des différents intervenants, sur la mise en place des ressources humaines et financières, sur une gestion adéquate des projets et sur une coordination et un arrimage efficaces des différentes actions.

Les Villes de Québec et de Maniwaki devant des constats d’insécurité et l’importance d’intervenir en faveur de groupes plus fragiles de la population (femmes, aînés, enfants, etc.), sur des lieux à risque (parcs, transports en commun, artères commerciales, etc.) ou pour contrer des actes répréhensibles (vandalisme, cambriolages, vitesse des véhicules automobiles, etc.) ont élaboré des politiques de sécurité urbaine et des programmes appropriés :

  • Politique de sécurité urbaine, Ville de Québec ;
  • Programme Les jeunes, la nuit, Ville de Maniwaki.

Une attention particulière doit être portée au suivi et à l’évaluation du plan d’action sur la sécurité de la collectivité.

Le suivi et l’évaluation du plan d’action

Enfin, l’élu municipal aurait intérêt à s’approprier la démarche proposée par la trousse La clé pour des municipalités plus sûres. Cette démarche pratique permettra à la municipalité de profiter d’un processus éprouvé de maintien et de promotion de qualité de vie pour un meilleur sentiment de sécurité de la population.

Que retenir ?

  • Les étapes d'élaboration d'un plan d'action de sécurité peuvent se jumeler avec celles de l'A21L ;
  • La qualité de vie dans une municipalité repose dans une large mesure sur la possibilité d’y être en sécurité, de fréquenter et d’utiliser sans crainte les lieux et les équipements publics ;
  • Le rôle de la municipalité est d’assumer le leadership en mettant à profit son expertise dans la prestation de services à la population qui intègrent ces objectifs, dans le respect et la concertation avec les partenaires locaux impliqués dans la sécurité urbaine et la prévention.

Comment citer ce texte ?

LANGEVIN, L. (2007). « La sécurité des milieux. Comprendre, identifier et contrôler les risques et les causes d’insécurité qui altèrent la cohésion sociale d’une municipalité ». Dans GAGNON, C. (dir), et E., ARTH Guide québécois pour des Agendas 21e siècle locaux : applications territoriales de développement durable viable, [En ligne] http://www.demarchesterritorialesdedeveloppementdurable.org/9584_fr.html (page consultée le jour mois année)

En complément

L'état des lieux du territoire pertinent à l'action

L'élaboration d'un plan d'action A21L

Le suivi et l'évaluation d'un A21L

Pour aller plus loin...

CENTRE INTERNATIONAL POUR LA PRÉVENTION DE LA CRIMINALITÉ (CIPC). (1999). Programmes de prévention de la criminalité pour encourager l’action à travers le monde, CIPC, Montréal, 162 p.

FÉDÉRATION CANADIENNE DES MUNICIPALITÉS (FCM). (2000). Abécédaire de la prévention du crime au niveau municipal, FCM, Ottawa, 52 p.

MINISTÈRE SÉCURITÉ PUBLIQUE. (2001). Politique ministérielle en prévention de la criminalité, Gouvernement du Québec, Québec, 35 p.

Sites Internet

La clé pour des municipalités plus sûres, Fondation Docteur Philippe-Pinel ;
Centre québécois des ressources en promotion de la sécurité et en prévention de la criminalité de l’Institut national de la santé publique du Québec ;
Union des municipalités du Québec ;
Fédération québécoise des municipalités

Dernière modification: 10 juin 2014

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